Émanation de Data East Corporation (entreprise japonaise de jeux vidéo qui sévit entre 1976 et 2003), Data East Pinball Inc a vu le jour en 1986.

Flyer Robocop

Tout le monde ne le sait peut-être pas mais Data East Pinball Inc. a été fondé par Gary Stern, le fils de Sam Stern, et a lancé la tendance des flippers sous licences (cinéma, télévision et musique) ; car si c’est chose habituelle de nos jours, à l’époque ça n’existait pas et Data East a vraiment lancé la mode.

Parmi les grands noms de la bibliothèque Data East, l’on trouve des hits tels que Jurassic Park, Robocop, Star Wars, Teenage Mutant Ninja Turtles et même Guns N’ Roses (qui est sans doute l’une de leurs machines les plus populaires), mais nous y reviendrons un peu plus loin.

La révolution du DMD

Data East fut le premier fabriquant à adopter la technologie DMD (Dot Matrix Display), avec son flipper Checkpoint sorti en février 1991.

Et oui, contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas Williams le premier mais bien Data East avec son Checkpoint. (ndla : pour la petite histoire, le premier flipper DMD sorti de chez Midway, fut le Bally Gilligan’s Island en mai 1991, immédiatement suivi par le légendaire Williams Terminator 2 de Steve Richie au mois de juin de la même année).

DMD Data East

Et si Checkpoint n’est pas forcément l’un des flippers les plus « populaires » (en revanche son coté « collector » est au plus haut), la technologie DMD qu’il a instigué a donné le coup d’envoi de la révolution DMD et de la nouvelle ère (merveilleuse) du flipper qui a duré durant toutes les années 90 et jusqu’au début des années 2000.

Les jeux pouvaient enfin transmettre des messages plus clairs et même des animations aux joueurs, ce qui augmentait l’immersion et le potentiel global.

A savoir que Data East a poursuivi ses activités commerciales jusqu’au milieu des années 90, où la société a été rachetée par SEGA, mais on vous garde cette petite histoire bien au chaud pour un prochain conte au coin du feu un de ces jours…

Des flippers qui font date

Soyons francs, pas besoin de lister ensemble un par un la trentaine de flippers Data East sortis des chaînes de production entre 1986 et 1994, tout le monde peut trouver ça en deux clics sur le net, nous allons surtout nous atteler ici à rentrer immédiatement dans le vif du sujet, en citant les flippers que nous considérons comme les plus marquants :

Tout d’abord les trois qui ont le plus innovés technologiquement :

  • Laser War (1987) : premier flipper à avoir le son stéréo, et tout premier flipper de Gary Stern !
  • Robocop (1990) : premiers batteurs électroniques commandé par le CPU.
  • Checkpoint (1991) : on l’a dit, le premier flipper DMD
Rencontre entre Gary Stern et Guillaume de Pinball Mag

Ensuite notre Top 10, selon PinballMag, des flippers Data East :

  • Star Wars (1992)
  • Tales from the Crypt (1993)
  • Jurassic Park (1993)
  • Guns n’ Roses (1994)
  • Tommy, the Who’s (1994)
  • Last Action Hero (1993)
  • Lethal Weapon 3 (1992)
  • Batman (1991)
  • Royal Rumble (1994)
  • Time Machine (1988)

Complétons ce voyage dans le temps avec quelques autres flippers sous licence qui ont également contribué à faire la renommée de Data East au fil des ans :

Phantom of the Opera (1990) – Back to the Future (1990) – The Simpsons (1990) – Teenage Mutant Ninja Turtles (1991) – Star Trek 1991) – Hook (1992) – Maverick (1994) : le dernier flipper produit.

Le décor étant posé, rentrons maintenant dans le dur…

Oui dans le dur car ça va secouer un peu, je vous aurais prévenu.

Voyez-vous les amis, les flippers Data East, aussi sympathiques soient-ils, ne sont pas à proprement parlé les « meilleurs » du monde ; et pourtant je n’en disconviens pas, rien que le nom « Data East » évoque les bons moments de notre jeunesse perdue…

Laser War Data East

Alors avant de me faire cracher à la figure par les aficionados (et ils sont nombreux, tant mieux !), remettons quand même les choses dans leur contexte pour faire un état des lieux convenable et raisonnable :

Il faut bien comprendre une chose les loulous : les années 90, c’est pour tout le petit monde du flipper « les années Bally/Williams », un peu comme quand l’on repense à nos programmes TV d’antan et que viennent immédiatement à l’esprit « les années Collège » et « Sauvé par le Gong ». Le must, en somme.

Dans cette temporalité sucrée et forcément un peu oubliée, force est de reconnaître que si Data East a tout à fait tiré son épingle du jeu dans les bars et cafés –surtout grace à la qualité de ses licences ardemment négociées- il n’a jamais pu rivaliser à armes égales avec le catalogue et la puissance de feu qu’avait Midway à l’époque, par le biais de ses deux marques phares Bally et Williams.

Où le talent ne s’achète pas…

Data East avait certes les belles licences dont tout le monde rêvait à l’époque (Back to the Future, Robocop, TMNT, Batman etc.), mais c’est à Bally/Williams que revenait le choix du roi d’avoir en son sein les meilleurs designers du monde (Pat Lawlor, Steve Richie, Brian Eddie, John Popadiuk, Dennis Nordman etc…) ainsi que les meilleurs codeurs (Lyman Sheats etc…).

Tales from the Crypt pinball

Alors oui, Data East savait acheter des licences incroyables qui excitaient les foules (merci Joe Kaminkow, le monsieur licence de DE), mais en terme de gameplay et de sensations de jeu, Bally/Williams était clairement, et constamment, un sacré cran au dessus.

Pourquoi, me direz-vous ? En fait c’est une combinaison de facteurs, à commencer par le design des playfields Data East.

Les designers étaient un peu moins bons, et si John Borg notamment a depuis fais une énorme carrière, il n’en était qu’à ses débuts à l’époque et il apprenait encore le métier en taillant sa pierre sur des flippers –certes très sympas- comme Star Wars et Tales from the Crypt, mais des flippers qui n’auraient certainement pas eu le succès qu’ils ont eu si ils n’avaient été produits sous licences…

Une fois ce constant fait et énoncé, il nous faut rendre à César ce qui appartient à César : chez PinballMag nous aimons les flippers Data East. Truth.

A titre personnel je voue un culte sans fin au Star Wars de John Borg. Mais ça c’est moi. Et c’est aussi parce que c’est la licence Star Wars, et que c’est un des flippers de ma jeunesse, et que c’est la bonne époque
(90’s I miss you so…).

Lethal Weapon 3 de Data East

J’ai d’ailleurs eu un temps à la maison un Lethal Weapon, parce que là aussi, besoin de retrouver le flipper de ma jeunesse passée au café à l’angle du bahut (à qui je dois d’ailleurs le redoublement de ma seconde, youpi !). Bref, on les aime pour de vrai ces flippers Data East.

Et en plus, ils sont solides comme du béton ! Ça, on ne peut pas leur enlever, la qualité de fabrication est excellente (au moins aussi bonne et solide, sinon plus encore, que Bally/Williams, c’est pour dire !).

Ils sont pour ainsi dire incassables et ça, il faut le souligner car c’est remarquable. Voir un flipper Stern à coté… bon je me tais avant de verser mon fiel, Stern en prendra également pour son grade une prochaine fois.

Donc, à ce stade de l’article, voici un petit peu le topo :


Data East c’est une trentaine de flippers produits durant 8 ans entre 1986 et 1994, d’une qualité de fabrication excellente, avec des licences hyper attractives et un gameplay plutôt sympathique, à défaut d’être mémorable.

Car, je sais pas vous, mais il y a un truc qui cloche à chaque fois quand on y joue, et à force de persévérance (non en fait pas besoin de persévérer, ça nous hurle aux oreilles immédiatement), on a mis le doigt sur le « problème » Data East : la musique et les call-outs.

Oui, il est impossible de passer à coté du « phénomène » de l’époque, devenu problème de nos jours, car c’est juste insupportable pour nos oreilles à la longue.

Qui ne se rappelle pas (ou ne veut se rappeler, on saura vous le pardonner…) des infâmes « okay okay okay » de Leo Getz dans Lethal Weapon, ou du « go go go go go » dans Jurassic Park…

A peu près chaque flipper Data East propose son lot inventif d’immondices auditives. C’est un fait, c’est comme ça, on ne peut plus rien y faire un peu comme le tatouage de son ex sur le bras, on vit avec et on avance.

Pour être honnête, est-ce que ces musiques « too much » et ces call-outs agaçants sont un réel repoussoir ? Et bien oui et non en fait.

Oui car comme dit plus haut, c’est difficilement supportable à la longue (j’ai revendu mon précieux Lethal Weapon au bout de six mois car je devenais hystérique) et non car ça reste de belles machines témoins d’une époque révolue et de toute une série de films qui ont marqué notre tendre jeunesse.

Back to the Future Pinball

J’en veux pour preuve le « Star Wars » évoqué précédemment ou encore le « Back to the Future » : un flipper sans intérêt, mais vraiment aucun, au niveau « flipperistique », mais une pièce de collection absolue pour tout fan de la saga qui se respecte et dont je fais partie. Je rêverais d’un flipper Data East Back to the Future. Voilà c’est dit, Noël arrive bientôt…vous savez quoi faire.

I’m american ! I got cash ! Build me a dream !

Autre fait « innovant », d’une certaine manière, Data East Pinball, Inc est également le premier fabricant a avoir réalisé des flippers personnalisés. Ces flippers étaient produits en très peu d’exemplaires et pour une circonstance particulière.

Citons ce que rapporte le site www.multibille.fr : “Il y a eu par exemple le flipper Richie Rich produit pour le film du même nom avec l’acteur Macaulay Culkin. Également le flipper Aaron Spelling qui fut un cadeau commandé par Candy Spelling pour son mari, le producteur de film Aaron Spelling. Le flipper Michael Jordan est aussi un flipper personnalisé. Aaron Spelling et Michael Jordan sont des modifications du flipper Lethal Weapon 3. Quant à Richie Rich, il est basé sur le flipper Tommy, the Who’s.”

Finalement rien de très surprenant à ceci : il y avait chez Data East (et puis plus tard chez SEGA et maintenant chez Stern), une vraie « culture » du profit (aucune critique là dedans, juste une remarque) et le dénominateur commun de ces trois aventures est bien entendu Gary Stern ; mais aussi Joe Kaminkow, expert en marketing et licencing. Il collabore de près et/ou de loin avec Gary Stern depuis la fin des années 80 (on lui doit plus récemment le fameux Batman 66, produit par Stern sous la dénomination « Kapow », qui est son affaire à lui).

Ces deux là, Gary et Joe, sont des très bons, et ce sont avant tout des hommes d’affaires et ils savent aller trouver les nouvelles sources de profits. Ce fut le cas à l’époque avec ces flippers personnalisés, c’est le cas aujourd’hui avec l’arrivée « par magie » des toppers.

SEGA c’est plus fort que toi ! ou pas…

En septembre 1994, les ventes de Data East sont en bernes… Cette entreprise choisit donc de tirer sa révérence du monde du flipper et revend sa section flipper à… SEGA. SEGA Pinball, Inc est né.

Lors de ce rachat, SEGA a mis la main sur les moyens de production, les brevets et projets en cours. C’est pourquoi les machines de ces deux entités se ressemble parfois… mais ça on y reviendra une prochaine fois.

Pub SEGA

Pour SEGA, ce rachat est malin car le géant du monde vidéoludique de l’époque est en guerre avec Big N (ndla : Nintendo) autre géant. Sauf que Nintendo a du retard sur sa présence dans les salles d’arcades. Quant à elle, Sega a du retard dans son implantation dans les foyers. La guerre des consoles va faire rage et se jouer uniquement sur ce point. La conclusion, on la connait : les consoles de jeux de salon vont anéantir les salles d’arcades…

To be continued…

Chers lecteurs, comme nous venons de faire pour Data East Pinball, Inc, nous raccorderons prochainement les wagons des autres constructeurs, dont SEGA, dans le cadre de rétrospectives qui leur seront propres.

Nous arrivons ainsi à la fin de ce bref tout d’horizon, pas simple de résumer huit années de productions de flippers aussi fantasques que sympas (et solides ! n’oublions pas : SO-LIDES !) en quelques pages.

Néanmoins, l’on doit admettre que Data East a su faire vibrer la corde sensible avec ces licences populaires qui parlent à l’inconscient collectif.

Aujourd’hui les flippers Data East sont recherchés, et s’ils n’auront jamais le statut « mythiques » atteint par certains Bally/Williams, quelques modèles comme le Star Wars ou le Jurassic Park notamment partent chez des collectionneurs pour des petites fortunes.

Dans l’absolu ce sont des flippers qui tiennent plutôt bien la côte, et en ce moment -comme tout le reste- suivent la croissance du marché. Un bon investissement donc, surtout si vous visez les licences les plus appréciées, et forcément un bon moment de jeu également.

Régalez vous, jouez au flipper, et à bientôt pour la suite des aventures et une prochaine rétrospective…