Lorsque l’on évoque Pat Lawlor, on pense généralement à trois flippers qui ont véritablement marqué l’histoire du jeu : The Adams Family, car le plus vendu de tous ; Twilight Zone, car le plus fou et le plus too much… ; et Funhouse, car résolument unique en son genre et en son style avec le légendaire Rudy the dummy.

Un plateau dégagé et pourtant riche

Funhouse est improbable et il a déjà pour commencer la particularité de ne pas être un flipper sous licence, contrairement aux deux autres précités, et a ainsi fait l’objet d’un travail créatif remarquable pour être en mesure d’arriver à ce résultat sensationnel. A ce titre, et au-delà de Pat Lawlor le génial designer, il est bon de souligner l’artwork fantastique de John Youssi : les deux s’entendent comme larron en foire et Youssi est le créatif à l’origine de la plupart des magnifiques plateaux de Pat Lawlor.
Quant à Funhouse, et bien non content d’être –de base- un excellentissime flipper, il est déjà tout simplement beau à regarder !

Alors avant propos je me dois de rester totalement transparent avec vous, chers lecteurs : je ne serai pas impartial dans cette review.

Funhouse est l’un des mes flippers favoris depuis toujours, et il a ce petit je ne sais quoi qui fait TOUTE la différence, même face à des machines trente ans plus jeunes.

Le décor étant posé et les choses étant dites, rentrons dans la genèse de Rudy et de sa petite Funhouse bien sympathique (encore que…Rudy va vite se fâcher comme on le verra tout à l’heure !)

The Game is watching you !

En 1990, Pat Lawlor est encore un jeune designer qui a pour lui d’avoir réalisé deux superbes machines : Banzai Run en 1988, et Whirlwind deux ans plus tard. Ces deux jeux ont rencontré le succès escompté et ont donné à Lawlor sa patte créative, son style bien à lui, et mieux que ça : ils lui ont conféré la crédibilité nécessaire pour s’engager vers de nouveaux projets plus ambitieux encore.

FunHouse backglass

C’est ainsi que fin 1990, le 8 novembre exactement, Williams sort un véritable ovni de ses cartons: Funhouse. Et le petit monde du flipper ne sera plus jamais le même.

En effet, si Funhouse reste un flipper alphanumérique (l’un des tous deniers) il n’est pas pour autant un « Système 11 » comme beaucoup le pensent : c’est bien l’un des tous premiers WPC (Williams Pinball Controler), soit l’évolution hardware du Système 11 avec ses différentes cartes électroniques CPU, Sound, Display etc.

Mais au-delà de ces considérations purement techniques et qui ne passionnent pas forcément le commun des mortels des pinheads (encore que…), là où Funhouse a immédiatement su faire la différence c’est dans son design unique, et dans son « toy » incroyable.

Pour cela, replaçons nous l’espace d’un instant en 1990 : les flippers n’avaient pas ce type de jouet aussi proéminent que central au jeu à tout point de vue, encore moins un petit dummy ventriloque qui parle, vous insulte à tout bout de champ, et suit la balle des yeux sur le playfield. IN-CROY-ABLE.

Gros plan sur le sale gamin du Fun House

Les joueurs étaient fous de Funhouse à sa sortie et certains pensaient même que Rudy était vivant, comme le rapporte Pat Lawlor !

Un culte immédiat s’est voué autour de Funhouse car Rudy ne pouvait laisser indifférent : si tout le monde lui reconnaissait un design aussi ambitieux que quasi-parfait, certains joueurs se disaient « mal à l’aise » face à ce petit ventriloque facétieux et refusaient d’y jouer par crainte de cauchemarder la nuit !

Quit playing with the clock !

Ne cherchons pas midi à quatorze heure, selon l’expression consacrée : vous ne retrouverez nulle part ailleurs un design aussi improbable que Funhouse.

Nous sommes bien loin ici du « fan layout » éprouvé, qui assure un excellent flow continue de la bille, certes, mais qui est sans « prise de risque » réelle. Le Fan layout on le connaît, ça fonctionne très bien.

Vue interne Funhouse

Sauf que Lawlor a pour lui d’avoir toujours cherché l’improbable voir l’impossible, et avec Funhouse il a rodé le design de Whirlwind et l’a amélioré pour obtenir des combinaisons de coups et des combos sensationnels, mais que tout le monde ne soupçonne pas, paradoxalement.

Savez-vous par exemple que l’on peut atteindre le miroir en faisant ricocher la bille depuis le flipper gauche sur le mur des hotdogs ?! Mis à part les joueurs de tournois, je doute que le joueur lambda sache que cela est non seulement possible, mais marche à tous les coups !
Fabuleux Pat Lawlor…

Fun House - élément de plateau
Un élément de plateau du Fun House

Et que dire des petits mystères de la Funhouse tels la « Rudy’s trap door » qui active le mode Frenzy et permet de marquer de gros points lors des jackpot shots ? Ou encore que dire de la petite cache secrète « Rudy’s hideout » planquée derrière sa grosse tête pour le skill shot de démarrage ? Et ne parlons pas de 3-way et 4-way combo hyper satisfaisants.

Oui, « malgré » son design de gueule cassée, Funhouse a un sacré flow ! Ce flipper peut certes se montrer brutal parfois, mais quand on est dans sa lancée et « in the zone », alors le flow se découvre et la bille vole de part et d’autre du playfield tandis que les yeux de Rudy s’affolent devant toute cette action… Et sa petite humeur sensible se met à changer…

Rudy, ce faux petit gentil…

Funhouse est plein de surprises, vous l’aurez compris. L’essayer c’est l’adopter et d’ailleurs même si ce flipper a rencontré un immense succès lors de sa sortie (10 751 machines produites quand même !) et qu’il n’est donc pas « rare », les pinheads s’accrochent à leur Funhouse et assez peu sont finalement disponibles à la vente, comparativement au nombre de machines qui existent : un bijou de famille se doit rester dans la famille n’est ce pas ?!

Alors quid de ce petit Rudy ? Parlons en justement…il n’est pas très gentil.

Rudy dans son environnement

Au fur et à mesure que l’heure avance, son humeur change et il devient de moins en moins agréable avec le joueur à qui il donne des noms d’oiseaux (Chucky, Spunky, Bucko et Slick… c’est tellement mignon !) pour leur montrer qu’il ne les aime pas et qu’il veut que vous quittiez sa Funhouse sans tarder !

C’est assez génial à entendre et à observer d’ailleurs : plus l’heure avance plus le ton de Rudy change et lui qui était gentil et prévenant au départ devient particulièrement irritable : « I am not happy with you now… I thought we were pals… »

Le thème général du jeu est celui d’une Funhouse donc, le joueur jouant le rôle d’un visiteur qui vient voir ses attractions. Le but général est d’avancer « l’heure du jeu » à minuit, ce qui provoque la fermeture de la Funhouse et permet au joueur de lancer le multiball à 3-billes et de se faire un plaisir sans nom en shootant la bille dans la bouche d’un Rudy qui dort (ndla : et qui ronfle !!! Extraordinaire mécanisme qui voit la lèvre inférieure de Rudy trembler dans son sommeil !!!).

Un objectif secondaire du jeu est de compléter le “Mystery Mirror” en allumant tous ses modes (au nombre de 6), ce qui permet de démarrer le mode “Super Frenzy” qui est un mini wizard-mode.

Outre Rudy lui-même, la principale caractéristique du jeu est donc cette horloge virtuelle située au centre du playfield, qui avance l’heure par incréments de différents nombres de minutes à chaque tir réussi sur les différents switchs du jeu. Lorsque l’horloge atteint 11h30, elle cesse d’avancer et Rudy vous annonce passablement agacé envers vous que « la FunHouse va fermer dans trente minutes », sous-entendu « dépêchez-vous de déguerpir de chez moi »… Un tir réussi vers le “couloir caché” lock la bille une première fois et fait avancer l’horloge à 11h45. Cette fois c’en est trop pour lui et Rudy s’emporte « Quit playing with the clock ! »

L’horloge du FunHouse, élément central de la mécanique de jeu

Un second lock réussi et l’horloge avance enfin à minuit : Rudy s’endort alors et sa bouche reste ouverte – pour lancer le Midnight Multiball, le joueur doit shooter la bille dans la bouche de Rudy (oh so satisfying…).

Le Jackpot s’obtient grâce au concours du 3ème flipper (situé en haut à gauche) et en shootant la trappe à côté de Rudy pendant qu’elle est ouverte ce qui provoque un vent de panique sur le playfield et Rudy se met à hurler de désespoir et d’énervement !!! Juste mythique.

Pour la petite histoire, il est intéressant de savoir que le projet initial prévoyait une véritable horloge mécanique, mais qui a été retirée finalement car trop complexe à mettre en œuvre, et remplacée par l’horloge « virtuelle » que l’on retrouve posée sur le plateau de Funhouse… Et c’est finalement trois ans plus tard, en 1993, que cette horloge mécanique véritable verra le jour pour de bon et sera utilisée…dans Twilight Zone !

The Funhouse is closed !

Funhouse est un classique parmi les classiques, et il y aurait tellement à dire et à raconter. Ce n’est pas un hasard si 30 ans après sa création il reste vénéré par les pinheads du monde entier et fait encore la couverture de sujets médias et autres produits dérivés relatifs au monde du flipper en général.

Le Fun House dans la gameroom de Paris_Pinball_addict

De par son design unique et quasi-parfait, de par son jouet (Rudy) possiblement le plus charismatique de l’histoire du flipper (avec le château de Medieval Madness, mais qui lui ne parle pas !), de par ses règles du jeu, ses call-outs et sa musique : Funhouse est, en gros, le package flipper complet.

Si vous n’avez jamais joué avec Rudy alors je ne peux que vous recommander de mettre les mains dessus : vous ne le regretterez pas, et surtout, vous ne l’oublierez pas. One-of-a-kind.

FICHE TECHNIQUE

GÉNÉRAL :
Flyer du FunHouse

Fabricant : Williams (Midway Manufacturing Company)
Date de production : 05 novembre 1990
Thème : Cirque/carnaval
Type
 : standard body
Processeur : Williams WPC (Alphanumérique)
Abréviation : FH
Unités produites : 10,751
Prix de lancement : N/C

TOYS / particularités :

La tête parlante de Rudy qui suit la bille des yeux durant le jeu.
Les « crazy steps » : une seconde rampe originale avec des bonus intéressants.
Un deuxième plunger manuel, situé à gauche et que l’on utilise pour le tir de précision sur les crazy steps.

FONCTIONNALITES NOTABLES :
Rampes, toy et autres caractéristiques du FunHouse
  • Flippers (3)
  • Pop bumper (3)
  • Manual plungers (2)
  • Rampe (1)
  • Standup targets (4)
  • 3-bank standup targets (1)
  • Cellar holes (3)
  • Deux inlanes à gauche
  • 2- ou 3-ball Multiball.

La rampe est dotée d’un déflecteur qui guide la bille soit vers l’allée gauche, soit vers l’allée gauche pour une tentative de tir d’adresse à gauche.

L’orbite comporte une “trappe” qui s’ouvre brièvement lors d’un tir de boucle supérieure.

Une tête parlante ouvre la bouche lorsque l’horloge atteint minuit. Ensuite, le joueur doit lancer une bille dans la bouche pour gagner 1 000 000 de points et lancer le “Midnight Multiball”.

ÉQUIPE TECHNIQUE ET ARTISTIQUE :

Concept : Pat Lawlor
Game Design : Pat Lawlor, Larry DeMar
Mécanique : John Krutsh
Software : Larry DeMar
Artwork : John Youssi
Son : Brian Eddy, Ed Boon, Jon Hey
Musique : Chris Granner
Voix : Ed Boon