Bon Jovi par Barrels of Fun | Le choix que personne n’attendait… ou justement celui qui était le plus logique ?
Lorsque Barrels of Fun a officialisé son nouveau flipper Bon Jovi, j’ai eu exactement la même réaction que beaucoup d’entre vous. Ce n’était pas la licence que j’attendais. Pour ceux qui me suivent depuis un moment, vous le savez, pour les autres peut-être que vous allez le découvrir mais je ne suis pas amateur des flippers musicaux. Ou plutôt, je n’arrive jamais à m’y attacher durablement.
Je l’ai souvent expliqué et mon avis n’a pas changé. Même lorsqu’une machine est excellente, je lasse très rapidement d’entendre les mêmes morceaux pendant des dizaines, puis des centaines de parties. Une licence narrative me donne davantage l’impression de vivre une aventure qui évolue, là où un flipper musical finit inévitablement par revenir à la même playlist.
Pourtant, ce serait une erreur de s’arrêter à cette première impression. Mon goût personnel ne suffit pas à juger la pertinence d’une décision industrielle. Ce qui m’intéresse ici n’est pas de savoir si Bon Jovi me donne envie de sortir mon portefeuille (la réponses est non), mais de comprendre pourquoi Barrels of Fun, probablement le constructeur outsider le plus créatif et ambitieux apparu ces dernières années, a estimé que cette licence représentait le meilleur choix stratégique pour son avenir. Plus j’analyse cette décision, plus je pense qu’elle obéit à une logique « rationnelle » de l’industrie, même si elle déçoit une partie des passionnés.

Pourquoi Bon Jovi divise immédiatement la communauté
Comme souvent, le débat est parti dans une direction très prévisible. En quelques heures, les réseaux sociaux se sont retrouvés coupés en deux. D’un côté, les amateurs de Bon Jovi se réjouissent de voir enfin leur groupe préféré adapté en flipper. De l’autre, ceux qui n’écoutent pas ce style de musique expliquent qu’ils passent immédiatement leur chemin ou regrettent une nouvelle licence musicale.
À mes yeux, ce débat, même légitime , est beaucoup trop simpliste. Il enferme immédiatement la discussion dans un « j’aime Bon Jovi » contre « je n’aime pas Bon Jovi », alors que ce n’est pas la question la plus intéressante. Une licence ne se résume pas aux goûts musicaux de chacun. Elle doit être capable de raconter une histoire, de créer une identité visuelle, de soutenir un gameplay et, surtout, de convaincre suffisamment de joueurs pour rentabiliser plusieurs années de développement. Selon moi, c’est sous cet angle que cette annonce mérite d’être analysée.
Pourquoi Barrels of Fun a probablement fait un choix plus intelligent qu’il n’y parait malgré les critiques
Depuis ses débuts, Barrels of Fun a construit sa réputation sur des licences fortes, mais relativement ciblées. Labyrinth, Dune ou encore Winchester Mystery House parlent immédiatement aux passionnés qui connaissent déjà ces univers. Ce sont des choix créatifs, parfois audacieux, qui séduisent une communauté très engagée, mais qui touchent naturellement un marché plus restreint que celui des productions de Stern, ou même de son principal concurrent, Jersey Jack Pinball.
Avec Bon Jovi, j’ai le sentiment que le constructeur change profondément de logique. Il ne cherche plus uniquement à séduire les collectionneurs historiques avec des licences aux univers fantastiques ou de science-fiction. Il semble désormais vouloir s’adresser à un public beaucoup plus large, composé de personnes qui connaissent déjà cette licence sans appartenir au monde du flipper. Cette stratégie est loin d’être incohérente. Au contraire, elle traduit une volonté d’élargir sa clientèle tout en conservant ce qui fait sa réputation, des machines ambitieuses, riches en mécaniques et immédiatement reconnaissables.
Cette évolution est presque naturelle. Une jeune entreprise ne peut pas espérer changer de dimension en s’adressant éternellement au même cercle de passionnés. À un moment, elle doit aller chercher de nouveaux joueurs, convaincre des acheteurs qui n’auraient peut-être jamais envisagé l’acquisition d’un flipper et construire une notoriété qui dépasse celle de ses seules licences. Sous cet angle, choisir une marque mondialement connue comme Bon Jovi répond à une logique économique parfaitement compréhensible.
Les premières réactions racontent une histoire intéressante
En parcourant le web et les premières analyses des créateurs de contenu américains, un élément revient constamment. Très peu de critiques concernent réellement le plateau. La majorité des réactions porte presque exclusivement sur le thème choisi.
C’est un détail qui me paraît important, car il montre que Barrels of Fun continue de bénéficier d’un capital confiance extrêmement élevé. Même les joueurs qui n’aiment pas Bon Jovi reconnaissent souvent que le constructeur sait concevoir de très bonnes machines. Beaucoup disent qu’ils n’achèteront pas cette licence, mais très peu affirment que le gameplay sera mauvais. Cette nuance est essentielle, car elle signifie que les critiques visent davantage le potentiel commercial du thème que les compétences du studio qui, pour moi, restent excellentes.
Ce que le plateau et les mécaniques racontent réellement
Lorsque l’on oublie quelques instants le logo Bon Jovi, le plateau raconte finalement une toute autre histoire. On retrouve un design dense, de nombreuses interactions, un flow qui semble particulièrement travaillé et cette volonté permanente de proposer quelque chose de spectaculaire sans tomber dans la surcharge gratuite : le cœur magnétique qui catch, sert d’animation et sorte de diverter je trouve cela particulièrement sympa. À première vue, on reconnaît immédiatement la signature de Barrels of Fun.
C’est ce qui pourrait changer la perception de cette machine dans les prochains mois. Si le gameplay tient toutes ses promesses, les discussions pourraient progressivement quitter le terrain de la licence pour revenir là où elles devraient toujours commencer : le plaisir de jeu. L’histoire du flipper nous a déjà montré qu’une excellente machine pouvait dépasser son thème et finir par être reconnue avant tout pour ses qualités ludiques.

Pourquoi cette machine pourrait surprendre tout le monde… ou devenir le premier véritable faux pas de Barrels of Fun
Une fois de plus, je comprends parfaitement la stratégie qui consiste à vouloir sortir du cercle des passionnés pour aller chercher un public beaucoup plus large. Je suis d’ailleurs depuis des années un fervent défenseur de cette thèse et œuvre en ce sens. Je pense même qu’un constructeur qui souhaite continuer à grandir ne peut plus vivre uniquement grâce aux collectionneurs déjà convaincus. Il faut régulièrement attirer de nouveaux acheteurs, proposer des licences immédiatement identifiables et donner envie à un public extérieur de franchir le pas.
Donc oui, je comprends parfaitement cette stratégie, mais je m’interroge sur la licence retenue pour franchir cette étape.
Un flipper musical, c’est pas ma came mais ok si l’objectif est d’élargir son audience. Je comprends également la puissance commerciale d’un nom comme Bon Jovi. Mais bon… Bon Jovi est-il réellement la licence capable de créer ce pont entre le grand public et les passionnés ? C’est une question beaucoup plus complexe que de simplement dire si l’on aime ou non ce groupe. Mais je pense que la réponse est non.
Une licence connue n’est pas automatiquement une licence qui fait rêver lorsqu’il s’agit d’investir plusieurs milliers d’euros dans un flipper destiné à rester pendant des années dans une gameroom. Surtout, elle ne parle plus avec la même force aux nouvelles générations. Là où des univers comme Pokémon, Harry Potter ou Stranger Things continuent de recruter de nouveaux fans année après année, Bon Jovi appartient avant tout à un patrimoine musical déjà établi.
« Du coup t’en penses quoi Laz ? »
Depuis 24h vous êtes plusieurs à m’avoir posé cette question alors c’est pour cela que je vous répond à toutes et tous ici.
Si Barrels of Fun a vu juste, cette machine pourrait démontrer qu’une licence populaire auprès du grand public de 40/60 ans reste capable de séduire bien au-delà du cercle des collectionneurs. En revanche, si les ventes ne suivent pas malgré un excellent gameplay, ce ne sera probablement pas parce que la machine est mauvaise. Ce sera peut-être parce qu’une licence mondialement connue n’est pas forcément celle qui fait rêver lorsqu’il s’agit d’investir plusieurs milliers d’euros dans un flipper. Et c’est cette réponse que j’attends avec le plus d’impatience. Malgré toutes les analyses, l’industrie peine encore à identifier ce qui fait réellement le succès d’une machine. Est-ce avant tout la puissance de la licence ? La qualité du gameplay ? Le prix ? Le rapport qualité-prix ? La capacité à créer un véritable effet de désir ? La confiance accordée à un designer ou à un constructeur ? Le bouche-à-oreille des premiers propriétaires ? Les influenceurs ? La valeur de revente ? Ou, plus simplement, cette part irrationnelle qui pousse un joueur à se dire : « celle-là, je la veux ».

