POKÉMON : LA MISE À JOUR QUI CHANGE ENFIN LA DIMENSION DU FLIPPER DE STERN ?
Six mois après son lancement, Pokémon poursuit une drôle de carrière. Le flipper de Stern possède déjà suffisamment de qualités pour avoir convaincu une partie de ses propriétaires, une architecture de progression parmi les plus ambitieuses imaginées récemment par le constructeur et probablement l’une des licences les plus naturellement compatibles avec Insider Connected. Pourtant, version après version, une impression persiste : nous jouons toujours à une machine dont nous connaissons le potentiel sans encore pouvoir en mesurer la forme définitive.
La v0.85 vient sérieusement bousculer cette situation avec l’arrivée de Pokémon Arena, nouveau mini-wizard mode construit au bout de la progression des quatre biomes. Pour une fois, l’expression « nouvelle mise à jour » ne sert donc pas à emballer trois corrections, deux animations et un nouveau bruit de Pikachu. Stern ajoute une véritable destination à une partie importante du jeu et donne enfin davantage de poids à la progression engagée depuis le début de la partie. De quoi changer la dimension de Pokémon ? Le point d’interrogation du titre n’est pas décoratif, car si cette mise à jour est incontestablement bonne, ce n’est toujours pas celle que beaucoup de joueurs attendent réellement.
POKÉMON ARENA | ENFIN UNE MONTAGNE À GRAVIR
Depuis son lancement, Pokémon dispose d’une architecture de progression particulièrement séduisante sur le papier. Le joueur voyage entre quatre biomes, découvre des Pokémon, les capture, les entraîne et les engage au combat. Tout l’ADN de la licence semblait naturellement trouver sa traduction dans le ruleset supervisé par George Gomez, avec suffisamment de systèmes parallèles pour imaginer une profondeur considérable lorsque toutes les pièces seraient enfin assemblées.
La v0.83 avait déjà renforcé cette structure avec Travel, les Team Features et de nouvelles interactions. La v0.85 lui apporte quelque chose de plus important encore : une destination. Pour accéder à Pokémon Arena, il faut accomplir DISCOVER, CATCH, TRAIN et BATTLE dans chacun des quatre biomes, puis rejoindre le Town Scoop. Le jeu bascule alors dans une succession de Rival Battles qui ne se contentent pas de changer un adversaire et quelques animations à l’écran, puisque les Pokémon rencontrés modifient directement les conditions dans lesquelles la partie doit être jouée.
Ursaring provoque ainsi des changements aléatoires du Pokémon actif, tandis que Sandslash introduit des dégâts de poison appliqués dans le temps. Talonflame peut devenir temporairement impossible à attaquer lorsqu’il prend son envol, et Metagross impose une interaction spécifique autour de la rampe Pikachu et du Poké Ball. Gengar possède probablement la proposition la plus spectaculaire : une grande partie de l’éclairage de gameplay disparaît pendant l’affrontement, transformant momentanément le plateau en terrain beaucoup plus hostile. Ces idées commencent surtout à donner une véritable personnalité ludique aux adversaires, là où changer simplement le Pokémon affiché sur l’écran aurait été une manière assez paresseuse d’exploiter une licence précisément construite autour des différences entre ses créatures.
UN ENDGAME QUI COMMENCE ENFIN À RESSEMBLER À UN ENDGAME
Pokémon Arena corrige surtout l’un des problèmes structurels du code actuel : accumuler des systèmes intéressants ne suffit pas à construire une progression. DISCOVER, CATCH, TRAIN et BATTLE possèdent individuellement du sens, les quatre biomes structurent le voyage et les équipes, évolutions et différentes mécaniques donnent au joueur plusieurs leviers à exploiter. Mais une grande architecture de ruleset ne devient réellement satisfaisante que lorsqu’elle commence à montrer ce qu’elle réserve à celui qui accepte d’en gravir les étages.
Avec Pokémon Arena, les quatre biomes ne sont plus seulement quatre territoires à parcourir. Leur complétion ouvre désormais sur une récompense majeure et identifiable, donnant au joueur une raison supplémentaire de penser sa partie sur le long terme plutôt que d’enchaîner des systèmes dont la juxtaposition pouvait jusqu’ici sembler plus intéressante que leur destination finale. On commence donc à distinguer une montagne plutôt qu’une collection de sentiers, et cette différence compte énormément pour une machine destinée au marché domestique.
Un propriétaire ne cherche pas uniquement à empiler des points. Il apprend progressivement l’architecture de sa machine, identifie ses objectifs, optimise ses stratégies et finit par transformer certains modes en simples étapes vers des destinations beaucoup plus lointaines. Les meilleurs rulesets modernes savent entretenir cette obsession parfaitement raisonnable consistant à relancer immédiatement une partie parce que la précédente s’est terminée à deux shots de quelque chose que l’on n’a encore jamais vu. Pokémon Arena donne enfin davantage de substance à cette logique, même si Stern n’a toujours pas dévoilé tout ce qui attend le joueur au sommet.
GIOVANNI ATTEND TOUJOURS SON HEURE
La structure connue du jeu laisse entrevoir une ambition qui dépasse largement Pokémon Arena. Trois mini-wizard modes structurent actuellement cette progression : Pikachu vs. Charizard, Pikachu vs. Lucario et désormais Pokémon Arena. La documentation de la machine référence physiquement ces différentes fonctionnalités, tandis que l’architecture générale du jeu continue de pointer vers des étapes encore supérieures qui doivent donner sa véritable ampleur à l’endgame.
Battle Giovanni et surtout Pokémon Master occupent naturellement toutes les attentions. Il faut néanmoins rester rigoureux : aucun calendrier officiel récent de Stern ne permet actuellement d’affirmer quand ces éléments seront rendus disponibles dans leur forme définitive. Les considérer comme des composantes attendues de l’architecture du ruleset est une chose ; annoncer leur arrivée imminente en serait une autre, et Pinball Xperience n’a aucune raison de transformer les attentes de la communauté en communiqué de presse imaginaire.
Cette absence de calendrier ne retire rien à l’intérêt de la v0.85, mais elle permet de replacer l’enthousiasme à sa juste hauteur. Pokémon progresse, s’enrichit et devient meilleur à mesure que Stern complète son architecture, tandis que sa forme définitive demeure encore hors de portée. Six mois après le lancement commercial de la machine, constater simultanément que le code prend une direction très intéressante et qu’il reste inachevé n’a rien de contradictoire.
UNE BONNE MISE À JOUR N’EST PAS FORCÉMENT LA MISE À JOUR ATTENDUE
Transformer l’arrivée de Pokémon Arena en procès contre Stern serait aussi caricatural que d’en faire la mise à jour miraculeuse ayant soudainement achevé le jeu. La v0.85 apporte du contenu substantiel, améliore la structure de progression, donne davantage de valeur aux quatre biomes et propose des adversaires capables de modifier réellement les conditions de jeu. Elle mérite donc d’être considérée comme une étape importante du développement et constitue une bonne nouvelle pour tous ceux qui possèdent déjà la machine.
Le problème se situe ailleurs : les propriétaires de Pokémon n’attendent pas uniquement davantage de modes. Ils attendent que Stern exploite enfin ce qui pourrait faire de cette machine l’un des projets les plus singuliers de son histoire récente, à savoir la rencontre entre Pokémon et Insider Connected. Stern a lui-même placé cette dimension au cœur de la présentation du jeu en annonçant qu’un Pokémon capturé par un joueur connecté serait ajouté à sa Pokémon Collection. Avec une plateforme déjà construite autour de la progression, des achievements, des badges et de l’identité persistante du joueur, la licence semble presque avoir été dessinée pour exploiter pleinement cette infrastructure.
Sur presque n’importe quel autre flipper, cette dimension pourrait être considérée comme une couche connectée supplémentaire venant enrichir l’expérience principale. Sur Pokémon, elle touche directement à l’identité de la licence, parce que découvrir, capturer et conserver la trace de ce que l’on a obtenu ne constitue pas un bonus périphérique ajouté trente ans après la création de la franchise. C’est l’une des raisons fondamentales pour lesquelles des millions de joueurs ont passé une partie parfaitement déraisonnable de leur existence à remplir un Pokédex.
LE POKÉDEX N’EST PAS UN GADGET
Réduire le Pokédex à une collection d’icônes dans une application passerait complètement à côté de ce qu’il pourrait apporter au flipper. Pokémon repose depuis ses origines sur la découverte, la capture, l’entraînement, l’évolution et cette envie assez formidable de remplir progressivement un univers qui semblait immense lorsque l’on découvrait les premiers jeux. La collection donne une mémoire au voyage et transforme chaque nouvelle rencontre en quelque chose qui peut dépasser la partie pendant laquelle elle s’est produite.
Stern possède avec Insider Connected une infrastructure presque indécemment adaptée à cette philosophie. Un joueur identifié, une progression personnelle, des machines connectées, des Pokémon capturés, des statistiques conservées, des achievements et la possibilité de prolonger l’expérience au-delà d’une seule partie constituent exactement les briques nécessaires pour construire une expérience persistante. Un véritable Pokédex connecté pourrait donner une valeur différente à certaines captures, encourager le joueur à modifier ses choix et créer des objectifs dont la durée de vie se mesure en semaines ou en mois plutôt qu’en minutes.
Cette persistance pourrait surtout modifier profondément le rapport à la dernière bille. Habituellement, lorsque celle-ci rejoint le trough, la partie est terminée et l’essentiel de ce qui vient d’être accompli disparaît avec le score affiché. Une collection personnelle permettrait à quelque chose de survivre à cette frontière, en attachant certaines découvertes au joueur plutôt qu’à la partie. C’est cette mémoire qui pourrait réellement changer la dimension de Pokémon, bien davantage que l’empilement de modes supplémentaires, aussi réussis soient-ils.
LES ACHIEVEMENTS | LE GRAND ABSENT QUI DEVIENT DIFFICILE À IGNORER
Le même raisonnement s’applique aux achievements. Insider Connected a précisément été conçu pour suivre les performances, attribuer des badges, enregistrer certains accomplissements et construire progressivement une identité autour de l’activité du joueur. Sur une licence moins adaptée, il faudrait probablement chercher longtemps des objectifs suffisamment intéressants pour éviter de transformer le système en collection de médailles numériques parfaitement oubliables. Avec Pokémon, le problème serait plutôt de choisir parmi tout ce que la licence permet naturellement d’imaginer.
Capturer certaines espèces, compléter un biome, constituer une équipe particulière, atteindre certaines évolutions, remporter des combats spécifiques, réussir les mini-wizard modes ou accomplir des objectifs particulièrement difficiles offrent une matière considérable pour construire une progression extérieure au simple score. Cette couche peut également parler à des joueurs qui n’abordent pas nécessairement le flipper comme une chasse permanente au Grand Champion, car tout le monde n’atteindra pas Pokémon Master, tandis que beaucoup peuvent avoir envie de compléter une collection ou de revenir sur la machine pour terminer un objectif commencé plusieurs jours auparavant.
Voilà pourquoi l’attente autour des achievements dépasse largement la frustration de ne pas encore disposer de quelques badges supplémentaires. Ils représentent potentiellement une autre manière de jouer à Pokémon, plus persistante, plus personnelle et beaucoup plus proche de ce que la licence sait provoquer depuis ses origines. Chaque nouvelle version qui enrichit le ruleset sans encore déployer pleinement cette dimension améliore donc la machine tout en rappelant ce qu’elle pourrait devenir.
STERN A CONSTRUIT LA PARFAITE MACHINE POUR INSIDER CONNECTED. QU’IL S’EN SERVE.
La situation possède quelque chose d’assez savoureux. Stern développe depuis plusieurs années une plateforme capable d’identifier les joueurs, conserver leurs scores, enregistrer leur activité, attribuer des achievements et prolonger l’expérience de ses machines dans le temps. Arrive ensuite Pokémon, une licence entièrement fondée sur la collection, la progression personnelle, la complétion et l’attachement à une équipe construite au fil de l’aventure. Rarement la rencontre entre une licence et une infrastructure technique aura semblé aussi évidente.
Si Pokémon ne devient pas la machine capable de démontrer tout ce qu’Insider Connected peut apporter lorsqu’il cesse d’être perçu comme un tableau de scores amélioré, il faudra sérieusement se demander quel titre pourrait mieux remplir ce rôle. La machine physique possède déjà l’architecture nécessaire pour accueillir une expérience qui dépasse chaque partie individuelle et Stern dispose de l’écosystème capable d’enregistrer cette progression. La v0.85 améliore donc sensiblement le flipper que nous possédons aujourd’hui, tandis que le Pokédex, la collection persistante, les achievements et l’achèvement de l’endgame restent les éléments susceptibles de transformer celui que nous pourrions avoir demain.
Cette distinction permet également de comprendre pourquoi les réactions peuvent être simultanément positives et frustrées. Il n’est pas nécessaire de choisir entre applaudir Pokémon Arena et rappeler ce qui manque encore. Le nouveau mini-wizard mode est une excellente addition ; il n’efface simplement pas la liste des systèmes dont l’absence devient de plus en plus visible à mesure que le reste du code progresse.
À FORCE DE BONNES MISES À JOUR, NOUS FINIRONS PAR AVOIR L’EXCELLENT FLIPPER QUE NOUS AVONS DÉJÀ ACHETÉ
Stern n’est évidemment pas le premier fabricant à commercialiser une machine dont le code continue ensuite d’évoluer, et le développement logiciel post-lancement appartient désormais pleinement au fonctionnement du flipper moderne. Il serait absurde de réclamer qu’un code demeure figé le jour de sa sortie alors que les mises à jour permettent justement de corriger, équilibrer, enrichir et parfois métamorphoser une machine pendant plusieurs années. Le problème n’est donc pas que Stern continue à développer Pokémon ; tout propriétaire devrait au contraire souhaiter que ce travail se poursuive longtemps.
La question concerne davantage l’endroit où l’on place la frontière entre enrichir un jeu terminé et terminer progressivement un jeu commercialisé. Six mois après son lancement, Pokémon possède encore suffisamment de systèmes attendus pour que cette frontière reste inconfortablement visible. La v0.85 fait avancer la machine du bon côté avec un véritable objectif de progression, mais elle ne suffit pas à transformer le code actuel en aboutissement de tout ce que Stern a commencé à construire.
Il faut donc rendre à cette mise à jour ce qui lui appartient sans lui attribuer ce qu’elle n’est pas. Pokémon Arena est une très bonne addition, probablement l’une des plus importantes reçues par la machine depuis son lancement, parce qu’elle commence à donner une récompense tangible à la traversée des quatre biomes et enrichit l’endgame avec des adversaires dont les caractéristiques influencent réellement le gameplay. Elle donne envie de retourner sur la machine, d’optimiser sa progression et de découvrir comment ces combats modifient une partie arrivée suffisamment loin pour les atteindre.
Mais non, ce n’est toujours pas la mise à jour que j’attends. J’attends le moment où capturer un Pokémon ne sera plus seulement une mécanique inscrite dans une partie, mais une étape visible dans une collection qui m’appartient ; les achievements capables de transformer certaines actions en objectifs personnels et de me pousser à jouer autrement ; la manière dont Giovanni peut prolonger cette architecture et ce que Pokémon Master exigera réellement de ceux qui voudront prétendre au sommet. J’attends surtout que toutes ces pièces finissent par former le jeu que l’association entre Pokémon, George Gomez et Insider Connected laisse entrevoir depuis le départ.
La v0.85 nous en rapproche suffisamment pour raviver l’enthousiasme, mais pas assez pour refermer le dossier. À force de bonnes mises à jour, Pokémon finira probablement par devenir l’excellent flipper que beaucoup pensent déjà avoir acheté. Le compliment est réel, la pique aussi, et Stern possède désormais toutes les cartes pour faire disparaître la seconde.

