Vous n’achetez pas de flipper par peur des pannes ? Vous avez tort.
ACHETER UN FLIPPER : FAUT-IL VRAIMENT SAVOIR LE RÉPARER SOI-MÊME ?
Maintenant que j’ai votre attention, car, bien évidemment, vous avez cliqué sur cette miniature uniquement parce que vous adorez l’électro-nique, autant en profiter pour détruire l’un des mythes les plus tenaces du flipper : il faudrait être ingénieur en électronique pour avoir le droit d’en posséder un.
Il faut reconnaître que le dessous d’un playfield fait tout pour entretenir la légende. Des câbles partout, des cartes, des bobines, des connecteurs et suffisamment de fils pour donner envie de refermer immédiatement le plateau en espérant que rien n’ait remarqué votre présence. Pourtant, non : vous n’avez pas besoin de comprendre chaque câble qui passe sous votre flipper pour profiter de ce qui se trouve au-dessus.
Et puisque vous êtes maintenant ici pour d’excellentes raisons purement techniques, parlons pannes.
« J’aimerais acheter un flipper, mais je n’y connais rien en électronique. » Voilà un frein au premier achat qui revient sans cesse. Surtout pour la personne de votre foyer qui cherche désespérément un angle d’attaque pour vous freiner dans votre folie meurtrière de trucider votre compte PEL.
Non, il ne faut pas savoir réparer un flipper pour en posséder un et non vous ne venez pas de vous acheter une problème à 10k ! En revanche, si votre définition de la propriété consiste à ne jamais retirer la vitre, ne jamais soulever le plateau et appeler un technicien parce qu’une bille est coincée, le flipper n’est pas le meilleur candidat pour une relation sans engagement.
Un flipper est une machine. Ça s’use, ça se dérègle, ça s’entretient, ça casse et ça se répare. Rien de scandaleux : une bille en acier passe son existence à frapper des cibles pendant que des bobines propulsent des batteurs, que des switches encaissent des impacts et que des mécanismes répètent plusieurs milliers de fois le même mouvement. Croire que tout cela fonctionnera éternellement sans intervention tient davantage de la foi que de la mécanique. Une fois que la messe est dite, il nous reste la vraie question : jusqu’où vous êtes prêt à mettre les mains dedans.
VOUS N’AVEZ PAS BESOIN D’ÊTRE TECHNICIEN, JUSTE DE SAVOIR FAIRE VOS LACETS
Quand on parle de « réparer un flipper », on mélange beaucoup trop de choses. Ressouder un composant sur une carte électronique et resserrer une vis ne demandent pas exactement le même CV.
Une grande partie de la vie quotidienne d’un propriétaire se situe très loin de l’électronique lourde. Retirer la vitre, sortir les billes, relever le plateau, nettoyer, remplacer un caoutchouc, remettre un connecteur correctement, contrôler une vis, libérer une bille coincée, vérifier qu’un switch est correctement actionné : tout cela s’apprend. Et ça tombe bien, j’ai créé Pinball Xperience pour vous déculpabiliser, pour vous aider, vous accompagner et vous vanner comme on vanne un pote. J’suis une sorte de Chicandier du flipper. J’adore partager mais ne jouez pas avec mes bobines.
Allez on commence : personne ne naît en sachant le faire.
Le premier plateau que vous relevez donne l’impression qu’un ingénieur sous amphétamines a câblé une centrale nucléaire dans votre salon. Après quelques mois, vous savez où se trouvent les principaux mécanismes de votre machine et vous commencez à comprendre ce que vous regardez. Pas parce que vous avez suivi une formation. Parce que vous avez une machine devant vous et qu’à force de l’utiliser, vous apprenez à la connaître. C’est aussi simple que ça.
Et pour la petite anecdote, fut un temps, bim, forme passive, le SEO vient de se jeter par la fenêtre, où j’avais un pote à qui j’avais appris à relever un plateau. En tout bon homme déconstruit, bien sous tous rapports, il n’a pourtant pas résisté bien longtemps à l’appel du mâle alpha qui sommeillait sous plusieurs couches de civilisation. Il a saisi le playfield, tiré dessus comme un bœuf et l’a envoyé directement au fond du cabinet avec la délicatesse d’une descente d’organe qui, soyons lucides, nous guette tous.
Comme quoi, même les meilleurs des meilleurs peuvent parfois être médiocres. Oui, ça arrive à des gens bien. La masculinité toxique avait gagné. Le playfield, beaucoup moins.
UNE PANNE N’EST PAS FORCÉMENT UNE CATASTROPHE
Le mot panne fait beaucoup de dégâts dans l’imaginaire du futur acheteur. On imagine immédiatement une carte électronique morte, un écran noir et une facture capable de transformer le flipper en table basse très chère.
Dans la réalité, pas de GIGN, pas de garde civile mobilisée, inutile d’évacuer le quartier. Le coupable est souvent beaucoup plus trivial : un switch ne détecte plus correctement la bille, un fil s’est dessoudé, une vis a décidé de prendre son indépendance, un connecteur a bougé, un mécanisme s’est encrassé ou une pièce d’usure réclame simplement sa retraite.
Il existe évidemment des pannes plus sérieuses. Une carte peut défaillir, un écran peut tomber en panne, un moteur peut rendre l’âme. Acheter un flipper ne donne pas accès à une dimension parallèle dans laquelle l’électronique devient immortelle. La différence avec beaucoup de produits électroniques contemporains, c’est que le flipper reste largement construit pour être ouvert, entretenu et réparé.
L’obsolescence programmée n’est pas vraiment au programme. Les fabricants viennent encore d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : « Me casse pas les couilles avec tes pannes, j’ai fabriqué le truc pour ne pas avoir à m’occuper de toi, petit enfant de 40 ans. » Une philosophie industrielle pleine de tendresse, mais finalement assez efficace.
Dans les faits, les mécanismes restent accessibles, les pièces peuvent être remplacées et les constructeurs proposent de la documentation technique. Stern met par exemple à disposition manuels, schémas, logiciels et différentes ressources pour ses machines via son support technique officiel.
Votre machine n’est donc pas morte parce qu’un élément ne fonctionne plus. Elle a quelque chose à réparer. Arthur dirait : « Retirez-vous les doigts du cul. » N’y voyez aucune malice.
LE MENU DE TEST EST VOTRE AMI
Les flippers modernes disposent de systèmes de diagnostic qui permettent déjà de faire une bonne partie du travail sans démonter la moitié du plateau.
Une cible ne semble plus réagir ? Test des switches. Un mécanisme refuse obstinément de bouger ? Test des bobines. Une lumière ne fonctionne plus ? Test d’éclairage. Le principe n’est pas de vous transformer en réparateur, mais de passer de « mon flipper déconne » à « ce switch ne répond plus ». Switch = un petit interrupteur. Mais pas de panique le professeur Pinball vous fera un glossaire des gros mots des joueurs de flipper.
Revenons à nos moutons, à partir du moment où le problème est identifié, vous pouvez chercher la solution, consulter la documentation, demander conseil à votre distributeur ou exposer le problème à une communauté. Pinball Xperience va vous proposer très prochainement des discussions techniques sur pratiquement toutes les machines imaginables. Restez connectés 😉
Vous découvrirez alors l’une des traditions les mieux conservées du flipper : si quelque chose vient de casser chez vous, quelqu’un l’a déjà cassé avant. Et il a souvent expliqué comment il l’a réparé.
ET LA SOUDURE ?
Voilà le grand monstre caché sous le lit. D’ailleurs, autre anecdote : moi, perso, j’avais résolu ce problème étant gamin. J’avais collé mon lit contre un mur et je me blottissais dans la couette, dos au mur. Impossible de louper une attaque sublitale, j’avais sécurisé 50 % du périmètre et une vue directe sur le reste. À huit ans, j’avais déjà compris les fondamentaux de la défense territoriale.
Et puis X-Files est arrivé avec Tombs !!! Stratégie immédiatement obsolète. Il a fallu apprendre à dormir sur le dos pour obtenir une vue panoramique et surveiller tout ce qui pouvait éventuellement sortir de dessous. Parce qu’un monstre, passe encore. Un type capable de se faufiler sous les portes et de surgir par une bouche d’aération, ça oblige à revoir sérieusement le cahier des charges.
Puis est arrivée l’adolescence : pollution nocturne, passage du pyjama au caleçon et autres bouleversements physiologiques parfaitement documentés. Disons simplement que mes préoccupations nocturnes ont progressivement changé de nature.
BREF !
Oui, posséder un fer à souder finit par être utile lorsqu’on entretient soi-même ses machines. Un fil cassé sur une bobine ou un switch n’a rien d’exotique dans la vie d’un flipper. Ressouder ce type de connexion n’est d’ailleurs pas de l’électronique de laboratoire. Mais non, vous n’avez pas besoin de savoir souder pour acheter votre premier flipper.
Si une intervention dépasse vos compétences, vous la confiez à quelqu’un qui sait la faire. Exactement comme vous pouvez posséder une voiture sans savoir remplacer un embrayage. La limite à fixer est la vôtre. Certains propriétaires démontent leurs plateaux, réparent leurs cartes et restaurent des machines complètes. D’autres (comme moi) s’arrêtent au nettoyage et aux interventions élémentaires. Aucun permis de conduire un flipper ne vous sera retiré pour manque de connaissances en électronique.
NEUF ET OCCASION : CE N’EST PAS LE MÊME COMBAT
Un flipper neuf et une machine de trente ans ne présentent évidemment pas le même niveau d’incertitude.
Sur une machine moderne achetée neuve, vous partez avec des composants récents, un historique connu et une garantie dont les modalités dépendent du constructeur et du distributeur. Cela n’empêche pas un problème de jeunesse ou une pièce défectueuse, mais vous disposez d’un interlocuteur.
Sur l’occasion, l’état réel de la machine devient beaucoup plus important que son apparence sur trois photographies Facebook prises avec un éclairage avantageux. Une machine ancienne peut avoir été entretenue méticuleusement pendant vingt ans. Une autre peut avoir connu l’exploitation commerciale, six propriétaires, trois déménagements, deux réparateurs créatifs et un cousin qui « s’y connaît en électricité ».
Les deux peuvent être décrites dans l’annonce comme « fonctionne parfaitement ». Turbo LOL. Pour un premier achat sans connaissances techniques, l’historique de la machine et la qualité du vendeur comptent donc énormément.
LE SAV FAIT PARTIE DU PRIX
Quand deux vendeurs proposent le même flipper et que l’un coûte quelques centaines d’euros de moins, le calcul semble vite fait. Pourtant, si la machine affiche un problème deux semaines plus tard c’est pas le même calcul.
Un bon distributeur ne sert pas uniquement à transporter 130 kilos jusqu’à votre gameroom et à encaisser le paiement. Il doit pouvoir répondre, diagnostiquer, fournir les bonnes pièces et organiser une solution lorsqu’une intervention dépasse ce que vous pouvez raisonnablement faire vous-même. Et en France, ce n’est pas uniquement une question de qualité de service : le vendeur professionnel a aussi des obligations légales.
Pour un flipper neuf acheté par un particulier auprès d’un professionnel, la garantie légale de conformité s’applique pendant deux ans à compter de la délivrance. Durant ces 24 mois, un défaut de conformité qui apparaît est présumé avoir existé au moment de la délivrance, sauf cas particuliers. Et surtout, votre interlocuteur légal est le vendeur. Pas le fabricant américain, pas l’importateur qu’il vous demande éventuellement d’appeler (sauf si c’est pour un achat je vous vois venir les canailles, car là c’est un refus de vente et c’est puni par la loi), pas Kevin du SAV Stern dans l’Illinois : celui qui vous a vendu et facturé la machine.
En cas de défaut couvert, vous pouvez demander la réparation ou le remplacement. La mise en conformité doit être effectuée sans frais et dans un délai maximal de 30 jours suivant votre demande. Si le vendeur refuse, dépasse ce délai, si la réparation échoue ou dans certaines situations où le défaut est suffisamment grave, la loi prévoit également une réduction du prix ou la résolution de la vente.
Et ne confondez pas cette protection avec la petite ligne « garantie constructeur » imprimée sur une brochure. La garantie commerciale est facultative et vient s’ajouter aux garanties prévues par la loi ; elle ne les remplace pas. La garantie des vices cachés existe également parallèlement.
Donc oui, économiser 300 ou 500 euros à l’achat reste parfaitement rationnel. Mais à 10 000, 12 000 ou 15 000 euros la machine, regardez aussi qui se trouve derrière la facture. Le jour où votre flipper décide que son multiball sera désormais un monoball et que son écran préfère définitivement le noir, la qualité du vendeur cesse brutalement d’être une ligne abstraite dans le prix.
Économiser au départ pour découvrir ensuite que votre SAV consiste à poster « HELP !!! » sur Facebook un dimanche soir n’est pas nécessairement l’affaire du siècle. Toutefois, certains distributeurs proposent tout de même de bonnes affaires, il faut donc savoir faire la part des choses.
T’AS TOUCHÉ, T’ACHÈTES.
Une machine à 10 000 € impose naturellement une certaine prudence. Elle peut aussi provoquer une paralysie complète : ne surtout rien toucher de peur de casser quelque chose. Ouhhh la mauvaise idée qui pue.
Il ne s’agit pas d’attaquer la carte mère au fer à souder le lendemain de la livraison. Il s’agit d’apprendre votre machine. Ouvrir la lockbar. Retirer la vitre. Sortir les billes. Lever le plateau correctement. Repérer les mécanismes. Comprendre comment une cible détecte la bille, comment travaille une bobine, pourquoi ce mécanisme produit ce mouvement. Le flipper perd alors une bonne partie de son mystère technique. Et si vous me solliciter je peux faire des atelier avec les distributeurs pour vous apprendre les bases.
Et cette connaissance change aussi votre manière de jouer. Vous comprenez mieux les trajectoires, les réglages, les différences entre deux exemplaires d’une même machine et l’influence d’un plateau propre, d’un batteur correctement réglé ou d’un mécanisme fatigué.
Vous n’êtes toujours pas réparateur, mais vous connaissez simplement votre flipper.
ALORS, J’ACHÈTE OU PAS ?
Bien sûr que tu achètes ! Je ne me fais pas chier à faire articles pour être seul dans mon coin !
Plus sérieusement, si votre peur est de ne pas savoir réparer une carte électronique, achetez votre flipper. Ce n’est pas une compétence nécessaire pour entrer dans le hobby.
Si vous refusez catégoriquement d’utiliser un tournevis, de relever un plateau ou d’apprendre le fonctionnement élémentaire d’une machine que vous allez payer plusieurs milliers d’euros, réfléchissez davantage. Vous pourrez toujours déléguer l’entretien, mais vous dépendrez entièrement de votre distributeur ou d’un technicien.
Et si vous êtes simplement débutant, arrêtez de confondre « je ne sais pas encore » avec « je ne saurai pas faire ».
Votre premier problème sera peut-être un switch. Votre première réparation prendra quarante minutes parce que vous passerez trente-cinq minutes à vérifier que vous n’allez rien casser. La suivante en prendra cinq. C’est aussi ça, posséder un flipper. Et sinon, le NVDGRS sont là pour vous aider.

