Playfield Protector c’est quoi ?

PLAYFIELD PROTECTOR | Ce que c’est vraiment, ce qu’il protège et pourquoi il divise autant

Acheter son premier flipper à 8 000, 10 000 ou 15 000 euros entraîne assez vite une découverte qui n’a rien de particulièrement réjouissant : une bille d’acier de près de 80 grammes lancée plusieurs milliers de fois sur un plateau décoré finit nécessairement par y laisser des traces. Dimples, micro-rayures, impacts répétés aux mêmes endroits, usure de certaines zones fortement sollicitées, le playfield est une surface de jeu et vieillit comme telle. Le Playfield Protector propose une réponse assez simple à cette réalité : intercaler une surface transparente entre la bille et le plateau afin que celle-ci encaisse une partie des contraintes mécaniques à sa place.

Sur le papier, le principe paraît presque trivial. Une très fine plaque transparente est découpée aux dimensions du playfield, puis installée directement au-dessus de celui-ci. La bille ne roule alors plus sur le vernis d’origine, mais sur cette surface supplémentaire, amovible et remplaçable. Pour un nouveau propriétaire soucieux de préserver une machine qui représente parfois un investissement considérable, l’intérêt se comprend sans nécessiter un diplôme en science des matériaux.

Les choses deviennent beaucoup plus confuses lorsque l’on commence à chercher des avis. Sur les forums, les groupes et dans les discussions entre joueurs, cette simple feuille transparente peut devenir un sujet étonnamment clivant. Elle accélérerait la bille, modifierait le spin, changerait les trajectoires, altérerait les rebonds, dénaturerait les sensations et éloignerait finalement la machine de ce que son game designer avait conçu. À l’opposé, d’autres propriétaires équipent systématiquement leurs machines et considèrent les différences suffisamment faibles pour privilégier la protection du plateau.

Entre ces deux positions, le nouveau joueur se retrouve avec beaucoup d’affirmations et assez peu d’éléments lui permettant de comprendre ce qu’il achète réellement. Car derrière le débat se trouve d’abord un objet extrêmement concret, avec un matériau, une épaisseur, des propriétés mécaniques, une méthode d’installation, des avantages et des limites.

Nous allons donc commencer par le désacraliser. Expliquer simplement ce qu’est un Playfield Protector, ce qu’il protège réellement et comment il fonctionne, avant d’aller beaucoup plus loin dans sa conception, le PET-G utilisé, son influence potentielle sur la physique de la bille, son installation et les contraintes propres aux différentes architectures de machines. Nous regarderons également pourquoi l’argument du « vrai flipper sur bois » devient beaucoup moins évident lorsqu’on le confronte à certaines architectures contemporaines comme le P³ de Multimorphic.

L’objectif n’est pas de décréter qu’il faut équiper tous les flippers, ni de convaincre ceux qui préfèrent jouer directement sur leur playfield. Il s’agit de séparer ce qui relève de la physique, ce qui relève d’un compromis de conservation et ce qui relève simplement de la préférence personnelle.

LE PLAYFIELD PROTECTOR, EXPLIQUÉ SANS COMPLICATION

Un Playfield Protector est une très fine plaque transparente découpée pour épouser la géométrie d’un playfield. Elle vient se placer directement au-dessus du plateau, sous les différents éléments de jeu qui permettent de la maintenir correctement en position. Une fois installée, la bille roule donc sur cette nouvelle surface plutôt que directement sur le vernis du playfield.

Dans cet article, nous parlons exclusivement du Playfield Protector original fabriqué en Allemagne par Playfield Protector. Le concept a depuis été repris sous différentes formes, avec des matériaux, des épaisseurs et des qualités de découpe variables. Les conclusions tirées d’une protection approximative ou d’une copie utilisant un autre matériau ne peuvent donc pas être automatiquement transposées au produit dont il est question ici.

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Le principe repose sur une logique de surface sacrificielle. Plutôt que de demander au clearcoat du plateau d’absorber pendant des années les passages, frottements et impacts de la bille, on confie une partie de cette contrainte à un élément remplaçable. Le playfield reste dessous, le Protector travaille au-dessus.

0,6 MM DE PET-G ENTRE LA BILLE ET LE PLAYFIELD

Le Playfield Protector est fabriqué en Vivak®, un PET-G transparent d’une épaisseur annoncée de 0,6 mm. Le PET-G, ou polyéthylène téréphtalate modifié au glycol, appartient à la famille des copolyesters thermoplastiques. Sa transparence, sa résistance aux impacts et ses propriétés mécaniques permettent de comprendre assez facilement pourquoi ce matériau peut convenir à cet usage.

Le glycol intervient notamment dans le comportement du matériau lors de sa fabrication et contribue à conserver sa transparence. Le résultat est une feuille relativement résistante, optiquement claire et suffisamment fine pour être intercalée entre le plateau et la bille sans transformer le playfield en une épaisse structure rapportée.

Six dixièmes de millimètre permettent aussi de remettre certaines discussions en perspective. Nous ne parlons pas d’une plaque de plusieurs millimètres ajoutée au-dessus du jeu, mais d’une interface extrêmement mince dont les découpes sont adaptées à chaque machine. Cela ne signifie pas que son influence physique est nulle. Cela signifie simplement que cette influence doit être discutée en tenant compte de ce que l’objet est réellement.

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CE QU’IL PROTÈGE RÉELLEMENT

Une bille de flipper est une sphère d’acier soumise à des accélérations importantes, à des chutes depuis les rampes, à des impacts et à des changements de direction permanents. À mesure que les parties s’accumulent, le playfield reçoit ces contraintes et peut progressivement en conserver les stigmates.

Les dimples en constituent l’une des manifestations les plus visibles. Ces petites empreintes apparaissent dans la finition du plateau sous l’effet des impacts répétés de la bille. À cela peuvent s’ajouter des micro-rayures et une usure plus importante dans certaines zones où les trajectoires ou les retombées de bille sont particulièrement fréquentes.

Avec un Protector, ces contacts s’effectuent sur le PET-G. La logique n’est donc pas de rendre le flipper indestructible, mais de déplacer une partie de l’usure vers une pièce que l’on peut retirer et remplacer.

Cette distinction est importante. Le Protector ne protège évidemment pas les décors, les ramps, les toys, les plastics ou les mécanismes contre les impacts qu’ils continueront à recevoir. Il intervient essentiellement sur la surface du playfield qu’il recouvre.

ET SUR UN ANCIEN FLIPPER ?

L’intérêt peut devenir différent lorsque l’on quitte les machines modernes. Sur certains playfields anciens, les inserts peuvent ne plus être parfaitement affleurants, le plateau peut présenter de petites irrégularités et certaines zones peuvent avoir été marquées par plusieurs décennies d’utilisation.

La surface rapportée peut alors créer un plan de roulement plus homogène au-dessus de certaines de ces irrégularités. Le Protector ne restaure évidemment pas le playfield situé dessous, mais il peut modifier la manière dont la bille rencontre ces petits défauts de surface.

La fonction n’est alors plus exclusivement préventive. Elle peut également permettre de continuer à exploiter un plateau ancien ou restauré tout en limitant son exposition directe à de nouvelles contraintes.

EST-CE QUE ÇA CHANGE LA PHYSIQUE DE LA BILLE ?

Oui. Dès lors que l’on remplace la surface sur laquelle roule une bille, on modifie nécessairement certaines propriétés de son interaction avec cette surface. Coefficient de friction, rugosité, élasticité, restitution d’énergie, comportement du spin et acoustique ne peuvent pas être déclarés strictement identiques entre un clearcoat et une feuille de PET-G.

Affirmer qu’un Playfield Protector ne change absolument rien serait donc techniquement difficile à défendre. La véritable discussion concerne l’amplitude de ces changements et leur importance dans une partie réelle.

Un joueur évolue déjà sur des machines dont la physique varie considérablement selon l’inclinaison du plateau, l’état et la propreté des billes, le réglage des pieds, l’état des rubbers, la puissance des coils, l’entretien du playfield, la température ou simplement l’usure générale de la machine. Deux exemplaires du même flipper peuvent ainsi procurer des sensations sensiblement différentes sans qu’aucun des deux ne possède de Protector.

Pour ma part, après avoir joué sur des machines équipées et non équipées, je ne considère pas que le Playfield Protector change la nature fondamentale du jeu. Une différence de roulement, de sonorité ou de vitesse peut être perceptible selon les machines et les réglages. Transformer cette différence en bouleversement systématique du gameplay exige en revanche autre chose qu’une impression personnelle.

À ma connaissance, aucune étude expérimentale suffisamment robuste n’a comparé sur une même machine un volume important de trajectoires avec et sans Protector, dans des conditions rigoureusement identiques, afin de mesurer objectivement les variations de vitesse, de spin, de friction ou de rebond. En l’absence de telles données, présenter une sensation personnelle comme une loi physique universelle reste hasardeux.

LE CAS P³ REND LE DÉBAT BEAUCOUP PLUS INTÉRESSANT

Le P³ de Multimorphic apporte un contrepoint particulièrement intéressant. Son architecture rompt avec le playfield traditionnel intégralement constitué d’un plateau en bois décoré. Une partie importante de la zone de jeu repose sur une surface transparente située au-dessus d’un écran interactif, tandis que différents modules mécaniques viennent compléter la machine.

La bille reste pourtant bien une bille d’acier. Les flippers restent physiques. Les targets, mécanismes, rampes et interactions avec le joueur restent physiques. Multimorphic revendique sans ambiguïté le P³ comme une plateforme de flipper.

Le simple fait qu’une bille roule sur une surface polymère ne suffit donc pas à établir qu’elle aurait quitté le domaine du « vrai » flipper. On peut préférer le comportement d’un playfield traditionnel, son toucher, son acoustique ou certaines de ses réactions. C’est une préférence parfaitement légitime. Elle devient beaucoup plus fragile lorsqu’elle est transformée en principe absolu permettant de disqualifier une technologie.

POSER UN PLAYFIELD PROTECTOR DEMANDE DE DÉMONTER

La simplicité du concept ne doit pas masquer la réalité de son installation. Pour placer correctement une plaque directement sur le playfield, il faut nécessairement dégager le chemin. Batteurs, guides, wireforms, rampes, plastics et différents éléments peuvent devoir être retirés selon la conception de la machine.

Le plateau doit également être parfaitement nettoyé avant la pose. Enfermer poussières, particules ou saletés entre le clearcoat et la protection irait évidemment à l’encontre de l’objectif recherché.

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Toutes les architectures ne présentent pas la même difficulté. Les Stern modernes sont généralement relativement accessibles pour ce type d’intervention lorsque l’on possède quelques bases de démontage. Certaines machines beaucoup plus densément construites peuvent demander nettement davantage de travail. Sur des Jersey Jack Pinball particulièrement chargées en rampes, toys et structures superposées, accéder au playfield peut devenir une opération autrement plus longue.

Pour un newbie, c’est probablement le point à considérer avec le plus de sérieux. Acheter le Protector est simple. L’installer correctement peut demander plusieurs heures et une certaine aisance avec le démontage d’un flipper.

CE QU’UN PLAYFIELD PROTECTOR NE RÉSOUT PAS

Le Protector ne supprime ni l’entretien ni le vieillissement de la machine. De la poussière peut s’accumuler, le PET-G peut progressivement se marquer et la protection elle-même doit être entretenue. Une bille abîmée ou présentant des défauts de surface reste également une très mauvaise idée, avec ou sans Protector.

Sa surface peut elle-même accumuler des traces. Ce n’est pas un défaut conceptuel, puisque la fonction de cette pièce est justement d’accepter une partie de l’usure à la place du playfield original. Elle devient, par construction, un consommable à très longue durée de vie plutôt qu’une extension éternellement intacte du plateau.

Il faut également accepter qu’une intervention soit nécessaire pour revenir au playfield nu. Le système est réversible, mais cette réversibilité implique de redémonter les éléments nécessaires à son extraction.

PROTECTION, SENSATION ET CHOIX PERSONNEL

Installer un Playfield Protector n’est ni une obligation pour préserver correctement un flipper, ni une aberration mécanique qui condamnerait ses sensations de jeu. C’est un compromis technique.

Celui qui souhaite conserver le contact direct entre la bille et le clearcoat d’origine peut parfaitement choisir de ne pas en installer et accepter le vieillissement normal de son playfield. Celui qui possède une machine coûteuse, une édition limitée, un plateau particulièrement difficile à remplacer ou simplement une collection qu’il souhaite conserver dans le meilleur état esthétique possible peut considérer la protection supplémentaire comme parfaitement rationnelle.

Le débat devient beaucoup moins intéressant lorsque la préférence personnelle se transforme en prescription universelle. Un joueur extrêmement expérimenté pourra éventuellement être sensible à des différences qu’un propriétaire jouant quelques heures par semaine ne percevra jamais, ou auxquelles il n’accordera simplement aucune importance. L’existence d’une différence et son importance pour l’expérience de jeu sont deux questions distinctes.

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Le Playfield Protector reste finalement assez fidèle à sa dénomination : une protection de playfield. Une feuille de PET-G Vivak transparente de 0,6 mm, découpée pour une machine donnée, installée entre la bille et le plateau afin de transférer une partie de l’usure vers une surface remplaçable. Ce qu’elle apporte est parfaitement identifiable, ses contraintes le sont également. À chacun ensuite de déterminer où placer le curseur entre conservation maximale du plateau et volonté de conserver sa surface de jeu strictement dans sa configuration d’origine.

Lazarus
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