The Flintstones | Williams

Dans l’univers merveilleux de la conception de flippers, l’une des méthodes les moins risquées pour garantir le succès d’un modèle est de s’octroyer une licence bien juteuse comme un film, une série ou un dessin animé et d’en faire une machine qui en reprend les grandes lignes pour attirer le pinhead à grands coups de fan service.

Dans la théorie, ça fonctionne plutôt bien. Gary Stern en a même fait son leitmotiv depuis des années et tout le monde spécule sur la prochaine licence qui aura l’honneur d’avoir son plateau rempli de toys et d’artworks qui raviront les fans.

Sauf qu’à l’époque, nos chers constructeurs de flippers prenaient des risques parfois un peu inconsidérés en se lançant dans la production de modèles avant même d’avoir vu le film (Johnny Mnemonic par ex.) ou en tablant sur des licences totalement fumées…

Et c’est l’objet de notre review du jour. On fait un nouveau bon dans le passé, cette fois-ci en 1994, pour parler d’un flipper basé sur un film, que Steven Spielberg (Producteur Délégué à l’époque) doit encore aujourd’hui tenter d’oublier au travers de séances de psy tellement il fait tâche au milieu de son palmarès de blockbusters. J’ai nommé : The Flintstones (la Famille Pierrafeu en français) !

Yabba-dabba-doo !

Alors je vous rassure tout de suite, nous n’épiloguerons pas plus longtemps sur le niveau du film. Je vous laisserai vous faire un avis personnel sur le sujet, mais dites-vous que s’il n’a pas marqué les esprits, ce n’est pas pour rien.

Par contre, je suis quand même obligé de mentionner le film The Flintstones et non pas la licence éponyme au sens large, que la majeure partie d’entre nous connait au travers des dessins animés d’Hanna Barbera (#nostalgie).

Tout simplement parce que le flipper traite bien du film, et donc du scénario du film et de fait, toute la direction artistique reprend les codes du film et non ceux du dessin animé.

Et quelle direction artistique ! S’il y a bien un élément que l’on ne peut pas enlever à ce flipper c’est la beauté de son « world under glass ». :

  • L’abondance de couleurs ocre et orange qui rappelle l’univers caillouteux et terreux de la préhistoire ;
  • L’apron entièrement modélisé comme s’il était en pierre ;
  • Les rampes qui passent sous les maisons de chaque côté du plateau ;
  • La figurine du dictabird qui bouge ;
  • Le brontosaure au fond du plateau qui camoufle astucieusement une rampe en métal ;
  • Le volcan qui habille un eject hole ;
  • La rangée de quilles de bowlings qui cache les cibles du bowl-o-rama et j’en passe…
Un vrai world under glass !


Un beau plateau d’accord. Et sinon la caisse et le fronton ?

Bref, c’est indéniable, le plateau de ce flipper est beau. On retrouve tous les personnages et les différentes scènes du film au travers des artworks. Les inserts, flashys et bien disposés au travers du plateau viennent sublimer le tout.

On ne peut, en revanche, pas en dire autant du reste du flipper… Le translite est totalement fade et unicolore (le passage en LEDs se révèle d’ailleurs indispensable si l’on veut réussir à jouer sur quelques nuances et casser cette abondance de couleur orangée).

Et je ne parle même pas de la caisse, qui se révèle être d’une tristesse sans nom. Un simple fond noir brillant avec quelques éclairs et le logo du film, et hop terminé !

Le fronton du flipper Flintstones
Un translite bien triste, qui mérite quelques touches de LEDs

Deux variantes de design pour une même machine

Notez cependant qu’il existe deux subtilités dans le design extérieur de cette machine.

La première : Le flipper était prévu pour être à la base avec les pieds dorés, et le reste de l’armor kit (lockbar et side rails) en chrome classique. C’est d’ailleurs comme ça qu’il était proposé dans le flyer promotionnel. La légende veut que ce mix de couleurs soit voulu pour aller dans continuité des éclairs dessinés sur le décal de caisse, qui eux aussi sont dorés et gris.

Quant à savoir si des modèles de production ont été fournis dans cette configuration ? C’est peu probable. La quasi-totalité des Flintstones sont équipés de pieds chromés classiques au bémol près des collectionneurs pointilleux qui les ont changés pour retrouver le flip dans sa configuration originale.

Configuration originale, avec le duo gold/chrome sur l’armor kit

La deuxième subtilité se situe au niveau du speaker panel et plus précisément des grilles de haut-parleurs.

Les premiers modèles sortis de production comportaient un élément de design assez intéressant puisqu’une tête du brontosaure peinte à droite, comme à gauche, venait recouvrir les grilles, dans le prolongement du dessin du speaker panel.

Sauf qu’à la sortie de ce flipper au thème très enfantin, il semblerait que de nombreuses personnes se soient plainte auprès de Williams.

La raison ? Et bien de loin, cette tête de brontosaure et son coup allongé ressemblaient un peu trop à une forme phallique… Avouez que sur un flipper enfantin, ça faisait un peu tâche ! Résultat : Williams ne voulant pas ternir son image avec une telle polémique, la suite de la production s’est tout simplement retrouvée affublée de grilles noires, et l’artwork du speaker panel s’est fait amputer d’une partie de son design. Dommage…

Les deux types de speaker panel. Le premier était, malgré tout, plus abouti

Aziz, lumière !

Pour finir, on ne peut pas parler du design du Flintstones sans mentionner le point le plus incompréhensible de tous : le jeu de lumière et notamment l’illumination générale qui est complètement aux fraises…

C’est bien simple, il doit manquer au bas mot, facilement 5 à 6 ampoules de GI (ndlr : General Illumination) pour permettre d’éclairer ce plateau correctement. Il est tellement sombre d’origine que la quasi-totalité des mods disponibles pour ce flipper consiste à ajouter des bandeaux de leds un peu partout pour permettre d’éclairer correctement tous les éléments du plateau.

C’est d’autant plus incompréhensible que chaque propriétaire ayant levé au moins une fois son plateau a pu noter le nombres de trous présents sous les décors qui ne contiennent que l’emplacement vide, sans douille ni câble, comme si une partie des ampoules prévues n’avait pas été montée lors de l’assemblage.

Faute de goût ou économie à la production ? Nous ne le saurons vraisemblablement jamais…

Rock Me, I’m famous

Un design inégal d’accord, mais en jeu, ça donne quoi ce Flintstones ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce flipper se veut accessible et fun à jouer et sur ce point, le contrat est rempli. On se retrouve face à une machine qui dispose d’un bon flow, les tirs se veulent assez permissifs (vous n’aurez que rarement l’effet « d’avion » ou de « garage ») et la présence de nombreuses cibles fixes mais également de deux banques de cibles tombantes (assez rare sur cette génération de flipper pour être souligné) font en sorte que chaque tir permet de gagner des points très facilement.

L’abondance d’éléments sur ce plateau donnent également l’impression de systématiquement varier les plaisirs : On attaque le bowl-o-rama avec un strike ou un spare, on enchaine avec une rampe, puis on envoie la bille avec le troisième flipper dans le haut du plateau. Elle termine dans le volcan puis dans la gueule du brontosaure, pour être recrachée dans les bumpers… bref, ça va vite, c’est dynamique, varié et les parties durent relativement longtemps.

Une multitude d’endroits ou envoyer la bille !

Les missions sont articulées autour de différents moments forts du film (comme le questionnaire d’embauche de Fred ou encore le concert Bedrock Water Buffalo’s). Assez classiquement, on switch de mission en shootant dans les pop bumpers, missions qui s’activent en prenant les rampes droite ou gauche à trois reprises. Une fois les 4 missions terminées, vous déclenchez le wizard mode et vous n’aurez qu’à bombarder les rangées de cible tombantes pour exploser le score (100 Millions x le multiplicateur en cours) pendant plusieurs secondes.

Il s’agit d’un flipper ou l’on score assez facilement donc partez du principe qu’il faut aller chercher le milliard pour commencer à installer son nom dans le tableau des high scores de manière durable (et je vous ai vu, les petits filous qui imaginez faire ça en appuyant sur le bouton « extra ball » en fin de partie ! On a dit SANS l’option « buy in » !)

Il ne donne pas envie de se prendre des billes, ce Dictabird ?

Parallèlement aux missions classiques citées ci-dessus, on retrouve tout un tas de choses à faire comme :

  • Deux missions complémentaires en activant le dictabird (la figurine de perroquet qui bouge) ;
  • La possibilité de lancer le match de bowling au travers d’une rampe en visant les quilles avec votre bille ;
  • Les lettres « CONCRETE » à allumer en visant les cibles et qui permettent de lancer le concrete multiball. Ce dernier propulse les 3 billes dans la concrete machine en haut à gauche et fait tourner les billes pour augmenter le score bonus (Notez que ce flipper permet de caster les multiballs, vous pouvez donc les cumuler pour monter jusqu’à 4 billes sur le plateau) ;
  • Un vidéo mode plutôt original, sous forme de course de dinosaures, dans lequel vous ne jouez pas avec les boutons du flipper mais avec votre bille que vous devez envoyer valser dans les pop bumpers, chaque impact faisant avancer votre dinosaure pour espérer prendre la tête de la course, plutôt original ;
  • Les tirs dans le brontosaure qui fonctionnent à la manière d’un mystery mode et activent un élément différent à chaque fois (Lettres CONCRETE complétées, valeurs doublées, vidéo mode activé etc…) ;
  • Et bien évidemment, la feature la plus surprenante de ce flipper : les « smart ramps », qui changent le sens des tirs à chaque fois. En effet, ces dernières sont reliées à l’apron qui fait office de prolongement des rampes et, grâce à l’inertie, votre bille tombe dans le trou inverse de la rampe dans laquelle vous l‘avez envoyée. Croyez-moi, les premières fois c’est assez déroutant ! Pour couronner le tout, des diverters permettent, en fonction des phases de jeu, de bloquer la bille pour la faire descendre de la manière classique, ça enrichit un peu le gameplay et vient pimenter notre stratégie de jeu.

L’apron équipé de sa fameuse « smart ramp« 

On ne retrouve cette particularité sur aucun autre flipper. Les seules machines ou l’on retrouve un principe qui s’y rapproche sont le Roller Coaster Tycoon et le Hurricane avec leurs rampes qui font un loop au travers du plateau.

En bref vous l’aurez compris : Même si tout ça parait un peu fouillis et manque un peu d’harmonie dans le gameplay, le moins que l’on puisse dire c’est qu’on ne s’ennuie pas et que la bille trouve toujours un objectif à atteindre à chaque tir.

BedRock Festival – Juillet 1994

En 94 on avait le droit au nouveau système de son de Williams : le DCS Sound System (pour Digital Compression System), les sons sont donc plus propres et plus clairs que le bon vieux chipset sonore Yamaha qui équipaient les Fliptronic de la génération précédente.

Et c’est sur l’aspect sonore que cette machine réalise un sans-fautes. Les call-out de ce flipper sont juste parfaits, la plupart sont tirés du film et participent à recréer l’ambiance si particulière de la famille la plus déjantée de la préhistoire.

On se prend à hurler « Yabba-dabba-doo ! » avec Fred à chaque démarrage de partie, à sourire lorsque sur l’écran, le dino de compagnie des Flintstones grogne en essayant de se mordre la queue ou à ponctuer chaque partie de « boing ! », « strike ! » ou « booooh ! ».

Et même, pour les plus vieux, à siffloter la musique du générique, identique à la série, en se remémorant les mercredis des années 90 devant Hanna Barbera en mangeant un bol de Chocapic (c’était mieux avant non ?!).

Les animations du DMD sont quant à elles, très réussies et bien évidemment bardées d’humour. Elles complètent à merveille l’ambiance sonore du jeu et sont, par ailleurs, très claires. Elles méritent néanmoins un passage en couleurs au travers des écrans disponibles sur le marché. Ne serait-ce que pour coller au thème et casser le trop plein de couleur orangée du world under glass.

Le dot coloré ne sera pas du luxe sur cette machine

Adaptation de licence réussie ou fiasco digne du film ?

Alors en conclusion, ce cocktail préhistorique par Williams : Indigeste comme du béton ou léger comme du sable fin ?

Et bien ni l’un, ni l’autre finalement. On se retrouve avec une excellente machine pour rentrer en douceur dans le monde merveilleux du flipper, qui ravira petits et grands. Elle en devient même la démonstration parfaite que l’on peut faire un flipper tout à fait honorable en partant d’un film nanardesque !

Une fois équipée des mods/accessoires indispensables, elle prend même une autre dimension visuelle et se transforme en une belle petite machine qui n’aura pas à rougir à côté des grands classiques.

Par contre, elle trouve trop rapidement ses limites en terme de gameplay et ne saura définitivement pas contenter les pinheads les plus exigeants. Ils la trouveront, sans l’ombre d’un doute, trop simple et trop fouillis dans sa conception.

De mon côté, j’ai déjà perdu, j’ai dû l’ancrer au sol de ma gameroom. Ma fille ne jure que par ce flipper…

Fiche technique

GENERAL :

Fabricant : Williams (Midway Manufacturing Company)
Date de production : Juillet 1994
Thème : Cartoons / Licence de film
Type : Solid State / Standard Body
MPU : Williams WPC Security (WPC-S)
Abréviation : FS
Unités produites : 4,779

TOYS / PARTICULARITES :

La Concrete Machine: Disque tournant qui permet de conserver les billes et faire monter le score bonus avant de les libérer dans la rampe gauche.

Les rampes inversées (smart ramps) : Rampes reliées à l’apron, qui permettent d’éjecter la bille dans le sens inversé de son entrée.

Le Dictabird : Figurine du perroquet présent dans le film, qui bouge lorsque l’on tire sur la cible liée.

Bed…


FONCTIONNALITES NOTABLES :

  • Flippers (3)
  • Pop bumpers (3)
  • Slingshots (2)
  • Standup targets (13)
  • 4-bank drop target (1)
  • 3-bank drop target (1)
  • Rampes (3)
  • Diverters (3)
  • Multiball (4 billes)

ÉQUIPE TECHNIQUE ET ARTISTIQUE :

Game Design : John Trudeau
Mécanique : Ernie Pizarro
Software : Jeff Johnson
Artwork : Kevin O’Connor
Son : Dave Zabriskie
Musique : Dave Zabriskie
Dots/Animation : Scott Slomiany, Eugene Geer

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Syl Vain
Syl Vain
Fan de pop culture des années 80/90, collectionneur compulsif et partisan du "c'était mieux avant !"

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