Flipper Foo Fighters | Le Test

D’abord passionné, puis streamer, puis partenaire Twitch, puis ambassadeur Stern, puis designer chez Stern Pinball, Jack Danger enchaîne les casquettes et gravit un à un les échelons de l’industrie du flipper à la sueur de son front !

Il rejoint donc les apôtres du flipper et s’inscrit dans la volonté claire et affirmée du leader mondial : insuffler du renouveau ou, tout du moins, de préparer la relève au sein de son équipe de designer. Et, pour son entrée dans la cour des grands avec son premier cornerstone (ndla : sortie flipper importante d’un fabricant), Stern lui a donné l’opportunité de s’exprimer sur une licence musicale, celle du groupe Foo Fighters.

Flipper Foo Fighters : premier cornerstone pour Jack Danger

Pas facile, l’exercice de la licence musicale ! Certains s’y sont cassés les dents (Steve Ritchie avec son Led Zeppelin) tandis que d’autres créent la surprise d’une bonne machine dont personne n’attendait rien, avec un groupe quasi inconnu sorti du Canada et des US (Jon Borg avec le Rush). Donc pas facile, surtout quand il s’agit de son premier flipper.

Alors, premier flipper… Ce n’est pas totalement vrai ! Jack Danger nous a déjà proposé sa première machine : le flipper Jurassic Park dans son édition homepin (ndla : version moins onéreuse qu’un cornerstone mais avec également des matériaux de qualité inférieure et moins bien équipé sur le plateau et le fronton). Mais là c’est autre chose, il s’agit bien de sa première grosse sortie !

Flipper Foo Fighters - Limited Edition - Stern Pinball
Limited Edition

Flipper Foo Fighters : une réussite, mais pas un hit

Donc, posons tout de suite les questions essentielles et spoilons les réponses ! Est-ce que le Foo Fighters, est une réussite ? Je peux déjà vous répondre que oui ! Est-ce un hit ? Selon moi, je peux répondre que non !

Rien qu’à ces dernier mots j’en vois déjà, rictus de satisfaction au coin des lèvres, se rallier à ma cause alors que d’autres, arborant un bandeau rouge autour du crâne tel des Rambo des gamerooms, préparer leur cailloux pour la lapidation en place publique, sentence du tribunal du net. C’est le jeu ! C’est ça d’assumer un avis honnête, indépendant et tranché ! C’est pour cela que vous me lisez et c’est pour cela que certains adorent me détester…

Bon, ceux de la pinballosphère le savent et certains vont même s’étonner :  « Lazarus qui fait un papier sur un flipper musical, ça va taper fort ! » Alors oui, je n’aime pas les flippers musicaux, mais ça ne m’empêche pas d’être professionnel et objectif. Alors commençons par le commencement. Le pitch !

Flipper Foo Fighters - Premium Edition - Stern Pinball
Version Premium

La recette pour un flipper musical

Un flipper de groupe est, par essence, rarement un flipper original. Car même si le groupe diffère à chaque machine, le sujet reste toujours… Un groupe de musique. Et vous le savez, la bonne recette pour un flipper musical est la suivante :

  • Prenez un groupe de légende (AC/DC, Iron Maiden, Guns’n’ Roses, Led Zeppelin, Alice Cooper, The Beatles, Metallica…),
  • Versez une cuillère à soupe de tubes du groupe (en règle générale autour de 10)
  • Saupoudrez d’une pincée d’image de concert dans les animations
  • Rajoutez un zest d’originalité avec un toy emblématique (pas plus sauf exception)
  • Mélangez à feu doux sur un scénario de tournée qui tient sur un confetti
  • Laissez reposer sur un artwork avec la tronche des membres du groupe un peu partout ou les pochettes d’album (en gros ou en petit au choix de l’artiste)
  • Voilà c’est prêt ! Servez avec de bonnes bières dans une gameroom remplie de Pinheads !

Grosso modo, un flipper de zic c’est ça. Sauf que là, ben c’est pas ça ! Mais alors pas ça du tout ! Même si l’on sent bien qu’il reste quelques relents du terroir, l’originalité de ce flipper est de mettre l’accent sur un storytelling (la mise en récit) à la façon d’un comics book avec des martiens !

Flipper Foo Fighters - Pro Edition - Stern Pinball
Version Pro

Rock’n’roll Baby ! Euhhh… tu veux pas plutôt un comics sur des Aliens ?

Oui vous avez bien lu, ici la structure narrative s’appuie plus sur un délire comics que sur la sempiternelle tournée de rockeurs. Le groupe, emmené par le célèbre leader multi-instrumentiste Dave Grohl (ex Nirvana pour les incultes), doit combattre des robots extra-terrestres dirigés par l’infâme Overlord. Son allure emprunte légèrement aux traits des martiens du sublime film Mars Attacks de Tim Burton.

Alors oui, on va retrouver la structure de missions qui vous emmène de ville en ville à l’instar d’une tournée, oui vous allez entendre le groupe jouer ses compos. MAIS : les animations et le code font tout pour vous faire oublier le groupe et vous plonger dans une aventure de série B.

C’est donc un parti pris qu’il faut porter au crédit à la fois du groupe, du designer et du fabricant : on vous propose le premier flipper musical qui n’est pas à la gloire du groupe, mais à la gloire du rock au travers d’une histoire du 3ème type, sorte de croisement hybride entre Wayne’s World et Paul (NDLR : film de 2011 avec Simon Pegg et Nick Frost). D’ailleurs, je ne serais pas étonné de voir sortir un comics book basé sur cette idée en futur goodies de la boutique Stern. Je dis ça, je ne dis rien…

Du passé faisons table rase

Ne nous le cachons pas, il y a une volonté très claire ici de rompre avec les codes du banal flipper de zic et cela se sent en tous points sur cette machine. Nous avons commencé par vous le démontrer avec le pitch et nous allons continuer en nous attaquant à la structure même du pinball : le playfield (plateau de jeu pour le profane).

Il n’y a pas à dire, le playfied, ça crache ! Du lourd même ! Dès la version Pro, l’artwork de cette machine, mené une fois de plus d’une main de maître par Zombie Yeti, chatoie l’œil.

Au niveau architecture, différentes zones se dégagent très nettement : la zone Van, la zone Overlord, la zone 51 (avec mini playfield sur les versions Premium et Limited Edition), la zone ampli, la zone radio et la zone newton ball (bille captive).

Flipper Foo Fighters - Playfield - Stern Pinball
Playfield

La signature Jack Danger ?

Si l’on y regarde de plus près, on observe quelques étrangetés qui pourraient annoncer les détails d’une future signature comme le font les grand chefs avec leur plat…

  • Première chez Stern : aucun pop bumper sur cette machine
  • Des cibles fixes sont ajoutées dans les inlanes (couloirs qui distribuent la bille vers les batteurs)
  • Des lock et/ou newton ball qui font également fonction de shooter de cible
  • Un plot ajouté sur la gauche de l’entrée de l’outlane (trou où l’on perd la bille), mécanique appelée overdrive

S’ajoute à ça une variété de tirs et de trajectoires qui flirtent avec la totale originalité mais sans l’atteindre pour autant. Car, sans nul doute, elles sont inspirées par les designs de George Gomez et Keith Elwin. Voyons ce que ces différentes zones nous réservent !

Vanne moi ça ! (Par rapport à la zone du van tout ça, tout ça…)

S’agissant d’un scénario à missions, le flipper Foo Fighters suit la logique d’une réalisation de shoots préliminaires (3 inserts blancs au choix) pour épeler le mot V.A.N et d’un shoot de validation pour lancer la mission de son choix répartie entre six villes.

La zone du van endosse ce rôle avec cette p***in de rampe que je n’arrive jamais à prendre. Pourtant elle n’a rien de punitive tant elle est large, bien placée et accessible en backhand ou en direct. C’est juste moi qui suis mauvais… Mais purée qu’est-ce que j’aime pas cette rampe !

Je lui pardonne car sur les versions Premium et LE, elle est surplombée par un toy fixe en 3D du van vraiment très bien réalisé, loin du gant Mappa du flipper Avengers Infinity Quest où d’une vulgaire impression 3D.

Cette zone va également servir à faire augmenter la puissance de votre van avec 3 drop targets qui révèlent une cible fixe derrière. Ces trois drop targets correspondent à trois attributs de votre van : le moteur, le speaker et le missile. Elle jouera également un rôle dans les skills shot dès le début du jeu avec le van Mod-ulator Skillshot.

Opération Overlord

Alors on est tranquille pépouze comme ça, sur notre ch’tite planète Terre et v’là t’y pas le grand méchant Overlord qui débarque avec son cortège de robots volants pour entièrement nous décéder jusqu’à la mort ! On sait pas s’il va y arriver, le p’tit père, mais il y met les moyens ! Tout comme Stern dans sa version Premium et LE qui nous gratifie d’un toy 3D absolument superbe. Pour la version pro, il faudra se contenter du classique plastique en forme de silhouette.

Sous ce toy imposant, on trouve une lane pourvue d’un lock physique, d’un aimant et d’une cible fixe en fond de lane que l’on devra soit taper en direct soit par effet de newton ball en bashant la bille captive. Sorte de trois en un, franchement sympa, que le designer a voulu reproduire dans la zone newton ball de gauche avec, à mon goût, moins de pertinence.

Vous avez différentes façons de compléter la séquence, et en fonction de votre combo, vous pouvez déclencher l’un des trois multiballs. Référez-vous au site de Stern dans la section rule sheet pour plus d’info.

Le toy Overlord

Roswell es-tu là ?

Selon la version à laquelle vous allez jouer, la zone 51 sera, physiquement, plus ou moins intéressante. Sur la version pro, il s’agira d’un simple plastique en back panel (panneau vertical au fond du plateau de jeu) alors que les versions Premium et LE bénéficieront d’un mini upper playfield (petit plateau de jeu au dessus du plateau principal).

Ce mini upper playfield n’est absolument pas gadget. Il est très sympa à jouer et, une fois de plus, va proposer du 3 en 1 avec :

  • la possibilité de faire des loops en orbit (couloir faisant le tour)
  • vers le spinner, de shooter la cible fixe en fond d’orbit
  • de viser la cible fixe en backhand.

L’objectif sera d’exécuter une combinaison de loops afin d’atteindre un multiball et/ou de charger au maximum la zone pour plus de points. Une fois de plus, rendez-vous sur le site de Stern pour plus d’info.

Flipper Foo Fighters - Area 51 - Stern Pinball

Un bumper caché sur le flipper Foo Fighters ?

Comme évoqué, pas de bumper sur ce flipper MAIS, on a un kicker caché dans la zone ampli située sur la droite à mi-hauteur et qui renvoie la bille vers les rampes et loops supérieures. Perso, j’aime beaucoup ce petit module. Il n’est pas sans faire penser à un avatar du module Mecha-Godzilla sur la machine Godzilla de Keith Elwin en plus simplifié avec sa lane/loop juste derrière.

Au passage, la lane peut être un choix de skill shot en début de partie : le Rock-o-meter Skillshot. On tire doucement sur le plunger (lance bille) afin que la bille tombe sur le switch (contact) de la lane.

On the radioooo, woo ohohohoo !

Vous êtes en manque de mystery durant votre partie ? Vous voulez du Super Sonic Radio Skillshot ? Ben c’est par ici que ça se passe. Le concept est simple : on shoot les cibles fixes et ensuite c’est un peu comme à la fête foraine : à chaque coup on gagne… Enfin presque !

Histoire de tourner en rond…

Dernière zone de notre flipper, la bille captive qui peut faire des loops et faire des hits sur une cible fixe. Franchement, cette zone me laisse dubitatif. C’est encore un 3 en 1 mais son intérêt dans les phases de gameplay n’est franchement pas utile et surtout, pour l’instant la zone n’est pas codée…

Alors vous allez me dire : « ben couillon, si elle est pas codée, c’est normal que ce ne soit pas intéressant ! » Et je vais vous répondre que je vois difficilement comment ils vont donner de l’intérêt à cette zone, même codée. Je doute de l’intérêt profond de cette newton ball tellement elle fait redite et qu’elle semble là plus pour combler un trou qu’autre chose… mais je peux me tromper !

Flipper Foo Fighters - Bille captive - Stern Pinball

The best of you !

On va pas se mentir, le gros point fort de ce flipper c’est qu’il a de la gueule ! Zombie Yeti prouve une fois de plus qu’il est un grand parmi les grands et conjugue ici ses deux domaines de prédilection : la musique et le flipper. Sur son approche purement esthétique, on ne peut rien lui reprocher, peu à peu le talent des illustrateurs se hisse à la hauteur du design et ce n’est pas l’approche marketing des fabricants qui pourra invalider ce postulat.

Le kit light expression, rangée de LEDS au niveau des artblades, est parfaitement intégré dans les artblade, sublime le travail de l’artiste et ajoute un vrai plus en phase de jeu.

Le flipper Foo Fighters et sa fonction Overdrive

Autre feature qui pour moi est Le trait de génie sur ce flipper : l’overdrive. Intelligemment placé à la gauche du outhole, un plot sort, lorsque la bille passe sur l’insert allumé de l’outlane de gauche, et permet, en relevant le batteur de gauche, d’effectuer un death save en toute légalité !

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un death save, il s’agit d’une manœuvre normalement interdite qui permet de sauver la bille en levant un batteur et en effectuant un gros nudge (terme américain pour désigner le fait de faire bouger le flipper, ou « bougette » pour les intimes des lives).

J’adore cette feature ! Elle fonctionne très bien, elle est hyper satisfaisante et permet de réengager la bille lors d’une outlane un peu vache du style « kung-fu sortie » !

Flipper Foo Fighters - Overdrive - Stern Pinball
Le plot de l’overdrive

Et là vous vous dites : « ça fait quatre pages que le Laz’ il dit que c’est un super flip ou presque, alors pourquoi en intro il a dit que ce n’est pas un hit ? » La réponse juste en dessous !

Wasting Light

On l’a vu, ce flipper brille et il est vraiment une réussite sur beaucoup d’aspects. Mais malgré tout, je le vois difficilement comme un futur hit pour trois raisons :

  • La première, c’est qu’il est victime de son originalité. L’idée des zones multi-fonction est une bonne surprise mais, au final, on tourne un peu en rond sur cette idée reprise plusieurs fois sur le même plateau. On perd en flow pur (hormis les loops et spinners), du coup, on va sur un flipper rapide, où il faut amortir et calculer chaque coup. Il s’agit clairement d’un playfield pour gros joueur qui veut du score et qui laisse un peu le joueur lambda sur le banc de touche. Ce n’est pas dramatique non plus mais la sensation est bien réelle.
  • Le code enfonce clairement le clou de ce côté-là et renforce l’impression de flipper à score. Même si on est encore sur un code en 0.96, sorti des six missions et du robot à assembler (Foobot), le flipper manque cruellement de fun. Pas ou peu de challenges secondaires (hormis le bot frenzy) et cela pénalise largement l’intérêt de cette machine. Soyons patients, les prochaines mise à jour peuvent changer beaucoup de chose comme ce fut le cas sur le flipper James Bond. Mais, sur ce dernier, le playfield laissait largement entendre que pleins de bonus seraient ajoutés. Ici, cela ne semble pas le cas.
  • Dernièrement, on ne va pas faire l’autruche, la récente augmentation des prix des machines a clairement sifflé la fin de la récréation. Un euro dollar en notre défaveur (la tendance s’inverse aujourd’hui), un marché saturé en offre de fabricants, l’enchaînement des sorties forcent les acheteurs à être plus prudents, réservés. Cela peut même les placer en position de simple observateur et de joueur de barcade plutôt que collectionneur.

On aurait pu aussi ajouter à cela qu’en France, et je l’ai appris en lurkant sur les forums et groupes facebook, peu de Pinheads connaissaient le groupe. J’en suis le premier étonné, cela n’en reste pas moins une réalité. Particulièrement sur le marché français, l’intérêt pour cette machine est moindre. Preuve en est : les distributeurs européens peuvent facilement encore vous vendre un LE si vous en recherchez un.

Bien évidemment, il fallait que je le mette en dernier, mais moi le plus gros point négatif d’un flipper musical c’est : la musique ! Perso, les dix titres qui passent en boucle me donnent des envies de shotgun. Si encore il s’agissait de compos sans chanteur, mon seuil de tolérance serait certainement plus élevé mais cela restera inexorablement un frein éternel à l’achat pour moi.

Echoes, Silence, Patience and Grace

En définitive, comme évoqué préalablement, cette machine est une réussite. Elle est originale, rapide, les animations sont visuellement réussies. Zombie Yeti donne le plus bel écrin au premier cornerstone de Jack Danger qui signe une bonne machine. Toutefois, le prix, la trop grande rapidité du gameplay, un code trop léger et qui manque de fun laisseront certains d’entre nous sur leur faim.

Lazarus
Lazarushttps://pinball-mag.com
Fondateur de Pinball Mag. | Collectionneur de flipper | Low Score Pinball Wizard

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