Les fabricants de flippers européens

Historiquement, la capitale du flipper a toujours été Chicago. Néanmoins les Européens avaient également quelques constructeurs durant les belles années 80-90, qui ont quasi disparu avec l’effondrement de l’exploitation dans les bars et salles d’arcade. Depuis 10 ans, à la faveur d’un marché qui se renouvelle avec des machines dédiées à l’usage domestique, de nouveaux acteurs tentent à nouveau l’expérience sur le Vieux Continent.

La qualité de production varie beaucoup d’un acteur à l’autre, les volumes sont largement inférieurs aux 2 leaders américains Stern Pinball et Jersey Jack Pinball. Et on ne peut pas dire qu’il y a une « touche » européenne à ce stade. Néanmoins, les initiatives valent le détour : voici un tour d’horizon des challengers issus d’Europe.

Pinball Brothers

Pinball Brothers est né des cendres d’un autre fabricant : Heighwey Pinball, disparu en 2018. PB rachète les licences et les designs de son prédécesseur, et partage avec lui une partie de ses investisseurs.

En revanche, le QG de Pinball Brothers est basé en Suède, à Örebro, alors que le fondateur de Heighwey Pinball, Andrew Heighwey, avait ses quartiers en Grande-Bretagne.

Pinball Brothers hérite de deux licences, et non des moindres, et chacune est conduite jusqu’à la commercialisation puis la production :

Le playfield du pinball Alien reprend celui conçu par Heighwey, à quelques optimisations et rationalisations près. La machine originelle était attirante, sa version Pinball Brothers n’enlève rien à son charme.

Côté Queen, un prototype est exposé dans un store londonien dédié au groupe environ un an avant la commercialisation. Cette ébauche fut elle aussi conçue par Heighwey. Pinball Brothers transforme l’essai.

Au regard de l’historique de la marque, voici les questions que l’on se pose légitimement : que vont donner les futurs designs de Pinball Brothers maintenant que l’héritage de Heighwey Pinball a été exploité ? Ou, tout simplement, y aura-t-il d’autres flippers après Queen ?

Reconnaissons leur un point positif qui les distingue du leader Stern Pinball : les différentes versions d’un même flipper ne modifient en rien le gameplay. Seule l’esthétique varie. Il n’y a donc pas de déclinaisons de plateau au rabais, tous les joueurs bénéficient de la même expérience de jeu.

Ce parti pris démontre une philosophie que, chez Pinball Mag., nous apprécions.

Dutch Pinball

Barry Driessen crée Dutch Pinball en 2010, qui comme son nom l’indique, est une société hollandaise. En 2014, le premier fait d’arme du manufacturier est le kit bride of pinbot 2.0, un module s’installant sur le flipper Bride of Pinbot. La machine sortie à l’origine chez Bally/Williams en 1991 se voit alors dotée d’un nouveau code, d’une fonction connectée pour partager ses scores en ligne, d’un écran couleur…

Ce premier essai ne manque pas d’audace, et aujourd’hui encore la production du module se poursuit.

Mais Dutch Pinball ne compte pas s’arrêter là. En 2016, le fabricant commercialise The Big Lebowski, un flipper sur le thème du film éponyme. On ne saura mieux faire que de vous renvoyer à la vidéo sur ce jeu.

Il se caractérise par la richesse de son plateau et un grand respect dans le traitement de la licence. Aujourd’hui encore, The Big Lebowski est un flipper recherché et chaque run de production est attendu avec impatience.

En mai 2022, l’entreprise déménage à Herkenbosch, toujours en Hollande, et s’offre ainsi un atelier plus grand. Voilà le signe d’un commerce qui se porte bien ! Il n’y a pas d’autres modèles annoncés pour le moment.

Bitronic et Quetzal Pinball

Voici un mariage de raison (pour l’amour, on leur posera la question) entre Quetzal Pinball qui conçoit des flippers, et Bitronic qui sait les fabriquer.

Quetzal démarre de son côté avec deux petites productions. Leur premier flipper est « Captain Nemo dives again », annoncé en 2012 à 30 exemplaires. Ce nombre n’était toujours pas atteint en 2020.

Le plateau de Captain Nemo – Quetzal Pinball

Le second concept est « Tokyo perfect drift », qui est toujours en production. Le concept est réalisé en 2018 et la production démarre en 2019. Le premier modèle sort de la ligne de montage en octobre 2019, et le reste quitte l’atelier a priori au compte-goutte.

Tokyo Perfect Drift – Quetzal Pinball

Force est de constater que les machines de Quetzal méritent un « faiseur », c’est-à-dire une structure solide permettant à Antonio Ortuño Nicolas et son équipe espagnole de donner de l’ampleur à leurs idées. C’est chose faite grâce au partenariat de l’équipe de design avec Bitronic. Ce dernier construit des machines « récréatives » avec monnayeur (bornes d’arcade, jeux de fléchettes…) depuis plusieurs années.

Ainsi, Bitronic passe commande à Quetzal pour un flipper adapté à l’exploitation. Les designers choisissent alors de réinventer une machine nommée Canasta 86, fabriquée à l’époque par un manufacturier de Madrid : Inder, acronyme de Industria Eclectromecanica de Recreativos. En plus de faire écho à une vieille gloire de la péninsule ibérique, le thème du basketball conserve toute sa pertinence, ce sport restant très populaire là-bas.

Pour ce qui est de l’adaptation à l’exploitation, le pari est de ne pas utiliser de cibles tombantes, probablement génératrices de pannes fréquentes.

Finalement renommé (problème de licence ?), le flipper Super Hoop est présenté en janvier 2022 par son importateur officiel en France : Planète Jeux Transcard. Même si Bitronic semble avoir les reins solides, le duo mettra probablement un certain temps à honorer ses commandes. Il faudra patienter avant de découvrir une nouvelle machine, en espérant que le partenariat perdure.

Les petits artisans du flipper

Une fois les 3 fabricants ci-dessus énumérés, on descend d’un cran en terme de taille d’entreprise et de volume de production. Voici deux noms qui pour l’instant n’ont pas encore atteint le devant de la scène. Ce paragraphe se concentre sur les acteurs qui ont dépassé le stade du « Homebrew » (prototype à usage privé), sans quoi la liste serait beeeaaaaaucoup plus longue.

Team Pinball

3 transfuges de Heighwey Pinball, vivant au Pays de Galles (Royaume-Uni), ont monté leur entreprise il y a quelques années. Pendant plus d’un an, ils conçoivent et fabriquent 10 exemplaires de leur première machine : The Mafia, annoncée officiellement en 2018. Malheureusement, 2 ans plus tard, l’équipe n’a pas produit plus que ces 10 premiers jeux.

The Mafia est un flipper qui va à l’essentiel, sans rampe, avec un plateau simple mais un artwork plutôt travaillé si on apprécie le côté cartoon.

N’allez pas croire que le trio s’arrête là : nous les retrouvons en 2021 au design du kit Rudy’s Nightmare. Il s’agit d’une sorte d’extension et de modernisation du légendaire flipper FunHouse, conçu par Pat Lawlor. La fabrication du kit est assurée par Pedretti Pinball, une société italienne qui détient les droits sur les pièces détachées et mods des jeux Bally/Williams.

Kit FunHouse 2.0 – Team Pinball

Dans une interview donnée à Pinball News, les 3 partenaires Janos Kiss, Otilia Pasareti et Romain Fontaine précisent avoir appris des erreurs de Heighwey Pinball : tous ont des métiers « alimentaires » à côté qui leur permettent de ne pas brûler les étapes, et se donner ainsi le temps de réussir.

Phénix Pinball

Olympic Goblin, finalement renommé Goblin Contest à sa commercialisation en 2018 pour des raisons de droit sur le terme « Olympique », est le premier flipper de Phénix Pinball. Si Christian Petit et Julien Larose, les fondateurs, ont de grandes ambitions au démarrage, il est difficile de connaître aujourd’hui l’état du projet. Il semble que le duo arrondisse les fins de mois avec des travaux de restauration.

Goblin Contest est un flipper qui se veut simple dans sa conception mais aussi ses mécaniques de jeu. L’artwork fait penser au style de John Kovalic, le dessinateur à l’œuvre sur le jeu de cartes Munchkin, pour ceux qui connaissent.

Les fabricants européens ont-ils un avenir ?

Problèmes d’approvisionnement, de distribution, de compatibilité avec les normes américaines… On pourrait penser que les manufacturiers européens n’ont pas toutes les chances de leur côté. Mais on peut voir la situation autrement.

Gary Stern nous indiquait dans son interview que les exportations pesaient pour 35 à 40% des ventes de flippers du leader du marché, et que l’Europe de l’Ouest représentait une majeure partie de ce pourcentage. La zone euro est donc un vivier d’acheteurs potentiels conséquent.

Or, au sein de l’Union Européenne, finies les problématiques de cours euro/dollar et de droit de douane. Sans rogner sur leur marge, nos constructeurs sont mécaniquement compétitifs côté tarif. Ou ils peuvent générer plus de marge pour un prix équivalent. Il leur reste (facile à dire!) à augmenter leur cadence de production et sécuriser la qualité des machines, tant au niveau du design que de la fiabilité. Les clients suivront, aucun doute là-dessus.

Nick_O
Nick_Ohttps://pinballmag.fr
Collector of friends who have pinball collections.

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