Flippers Bally/Williams : la valse des remakes

Les flippers des années 90, et plus particulièrement ceux du fabricant Bally/Williams, sont encore aujourd’hui LA référence de ce qu’un flipper est censé être : une machine qui attire immédiatement le regard et donne envie de poser ses mains dessus, des mécaniques de jeu accessibles au plus grand nombre. Les pinballs les plus iconiques proviennent de cette époque et de ce manufacturier. Je vous renvoie à l’article les meilleurs flippers de tous les temps pour en juger.

En toute logique, depuis 15 ans maintenant, des acteurs produisent des remakes de ces Bally/Williams. Mais quelque chose a changé récemment, et mérite qu’on s’y attarde.

L’apparition des remakes Bally/Williams dans les années 2010

Lors de la résurrection du flipper dans les années 2010, de nouveaux acteurs sont apparus. L’un deux, Chicago Gaming Company (CGC), a opté pour la production de remakes, des éditions mises au goût du jour de ces jeux légendaires. Leur talent dans la conception et la fabrication de ces copies améliorées ne fait aucun doute. Leurs éditions de Medieval Madness, Monster Bash, Attack From Mars n’ont objectivement aucun défaut : fiables, agrémentées d’accessoires réussis (ces toppers !), techniquement à jour avec le passage aux leds et aux écrans DMD en couleur… Un sans faute !

Petite aparté : Planetary Pinball Supply est le seul exploitant des droits des marques Bally et Williams depuis 2014. Cela signifie que personne ne peut produire de remakes, de pièces détachées ou de merchandising de ces deux marques sans négocier les licences avec Planetary Pinball.

Pour en revenir à nos moutons, CGC a obtenu l’autorisation de Planetary Pinball de produire de nouvelles versions des flippers Bally et Williams (contre espèce sonnantes et trébuchantes, bien sûr). Et le fabricant a choisi astucieusement les licences : les 3 machines citées plus haut font partie du top 10 des pinballs les plus appréciés. De plus, elles sont sorties durant le crépuscule du flipper, entre 1995 et 2000, quand les salles d’arcade commençaient à fermer, que les bars préféraient ajouter des tables sur l’espace dégagé par ces grosse machines. Les trois thèmes n’ont donc n’ont pas généré les ventes qu’ils méritaient.

On se parle là d’un combo gagnant pour un remake : des jeux iconiques, qui bénéficient d’une belle cote sur le marché de l’occasion car rares malgré l’intérêt qu’on leur porte. Et les ventes n’ont pas déçu CGC, qui a vendu autant de remakes que d’originaux encore en circulation. Notre ami Zex, analyste financier reconverti dans le flipper, nous donne les estimations suivantes :

  • Medieval Madness : entre 3 000 et 3 500 originaux encore en circulation / entre 3 500 et 4 000 remakes
  • Attack From Mars : entre 2 700 et 3 200 originaux encore en circulation / entre 2 000 et 2 500 remakes
  • Monster Bash : entre 2 200 et 2 600 originaux encore en circulation / entre 2 000 et 2 500 remakes
Topper du Medieval Madness de Chicago Gaming
Topper du flipper remake Medieval Madness de Chicago Gaming

Chicago Gaming réitère avec le remake du flipper Cactus Canyon

Voilà des ventes plus qu’honorables ! En 2021, Chicago Gaming a d’ailleurs poursuivi sa stratégie avec la réédition d’un mythe : Cactus Canyon.

Cactus Canyon fut le dernier flipper traditionnel produit par Bally/Williams en 1998. On ne dénombre que 903 exemplaires, et son code a été livré incomplet aux distributeurs. En revanche, le thème western et le gameplay particulièrement fun ont conservé leurs émules durant deux décennies. Ajoutez-y l’histoire particulière d’une machine qui signe la fin d’une ère, et vous avez de quoi vous frotter les mains en ressuscitant un objet de légende.

Pour l’occasion, CGC avait recruté les services du meilleur codeur de flipper, Lyman Sheats, par ailleurs auteur du code original de Cactus Canyon, afin qu’il termine le job. Le code a été terminé, malheureusement pas uniquement des mains de Sheats, celui-ci étant décédé en 2022.

Encore une victoire de Chicago Gaming qui a écoulé entre 3 000 et 3 500 unités (toujours selon Zex) à ce jour.

Topper du flipper remake Cactus Canyon de CGC

L’arrivée de Pedretti dans le game des remakes

Les rééditions étaient belles, les clients étaient contents, tout allait pour le mieux… Alors pourquoi changer une formule qui gagne ? C’est la question à laquelle nous tenterons d’apporter des réponses.

Mais tout d’abord, les faits : en 2021, l’italien Pedretti annonça un kit pour le flipper FunHouse. Ce module rajeunissait le flipper de 1990 en lui ajoutant un écran DMD couleur, des éléments sur le plateau et de nouvelles missions.

Ce qui ressemblait fortement à un coup d’essai a trouvé sa pleine réalisation avec le remake du jeu original en 2024, augmenté du contenu du kit. Nous apprenions à cette occasion que Pedretti avait signé un accord avec Planetary Pinball pour sortir un remake par an. Rien n’ayant été annoncé en 2025, il est à supposer que le nouveau thème sera révélé en 2026.

Flyer du FunHouse original

Et maintenant, American Pinball !

Chicago Gaming, puis Pedretti… Et désormais American Pinball (AP) : ce fabricant outsider montrait clairement des signes d’agonie en 2025, plombé par un marché baissier et des machines qui peinent à convaincre, notamment dans leur conception. Nous apprenions début janvier qu’il était racheté par un entrepreneur fan de flippers. Et celui-ci s’est empressé d’annoncer un partenariat avec Planetary Pinball, sur des thèmes qui n’ont pas encore été dévoilés.

Passer d’un à trois partenaires en quelques années soulève plusieurs questions.

Autre aparté : en fait, il y a eu un 4ème producteur de remake nommé Haggis Pinball. Il a été créé en 2018 et a fermé ses portes 2024, en a développé deux belles rééditions, Fathom et Centaur revisited. Mais il s’agit d’une niche dans la niche, car les machines originales sont 15 ans plus vieilles que les autres, et basées sur une technologie plus ancienne (écrans numériques).

Centaur revisited - Haggis Pinball - Les deux modèles
Les deux éditions remakes du Centaur par Haggis

Quel intérêt de multiplier les partenaires pour Planetary Pinball ?

Première question réthorique, car la réponse semble aisée : pourquoi faire jouer la concurrence avec 3 partenaires plutôt qu’un ? Par appât du gain, bien sûr. Mais ne restons pas sur cette banalité.

Depuis le COVID, Chicago Gaming souffre à honorer ses commandes. Il leur a fallu presque deux ans pour livrer les premiers Cactus Canyon en France. Même si la qualité de travail du fabricant ne se dément pas, il est possible que ces retards aient usé la patience de l’ayant-droit. L’argent devait rentrer moins vite pour tout le monde, chose que des actionnaires ne goûtent que très peu.

Pour retrouver des revenus réguliers, ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier a dû paraitre une idée judicieuse à Planetary Pinball. Par ailleurs, Pedretti étant un petit acteur comparé à CGC, à lui seul il ne devait pas satisfaire l’appétit du “licenser”. D’où l’entrée d’American Pinball dans la danse.

Pourquoi choisir de faire des remakes ?

Les motivations de CGC paraissent évidentes : au début des années 2010, il suffisait de suivre le cours de l’occasion pour établir un prix et estimer les ventes futures. Si l’ami Zex y arrive, il est à supposer que des gens intelligents chez Chicago Gaming savent le faire aussi.

Mais quant à Pedretti et American Pinball, les raisons sont plus discutables. CGC s’est clairement mis de côté les thèmes les plus bankables. On ne peut s’empêcher de penser que CGC a trusté les plus beaux produits, que Pedretti a pris les seconds couteaux tout en pariant sur le ralentissement des capacités de production de CGC, et qu’AP récupère les miettes.

Un argument pour donner du corps à cette vision du marché : Pedretti n’a pas vendu plus de 300 unités de son FunHouse remake. On est bien loin des volumes écoulés par CGC… Le thème, certes, bénéficie d’une certaine aura, mais le gameplay ardu et ce vilain animatronic, innovant pour l’époque, peut en rebuter beaucoup.

Faisons le tour des licences restantes pour nous faire un avis.

Les futurs remakes de flippers : quel potentiel ?

Parmi les thèmes encore disponibles à la réédition chez Bally/Williams, voici ceux qui nous paraissent les plus intéressants pour un manufacturier :

  • Tales of the Arabian Nights, que la rumeur annonce chez Pedretti en 2026 ;
  • Theater of Magic, dans le top 10 des meilleurs flippers et que j’espère très fort voir chez Chicago Gaming (cela n’engage que moi)
  • Creature of the Black Lagoon pourrait être un troisième choix honorable, la licence ne devrait pas coûter une fortune.
Le TOTAN original

Cette appréciation comporte forcément un peu de subjectivité, mais s’appuie quand même sur des bases solides :

  • Les prix d’occasion restent hauts pour ces trois machines, notamment pour TOTAN ;
  • Il n’y a pas de licences coûteuses à acheter ;
  • Les parties mécaniques sont relativement simples, limitant le coût de retro-engineering (le fait de démonter/analyser un objet pour en réécrire les documents de conception a posteriori).

Aucun autre flipper des années 90 ne combine ces trois avantages. Jugez vous-même :

  • Cirqus Voltaire a un fronton interactif, chose qui ne s’est plus faite depuis 25 ans ;
  • Scared Stiff fait partie de la licence Elvira, négociée il n’y a pas si longtemps encore par Stern Pinball (qui ne fait pas de remakes) ;
  • The Addams Family coûterait une blinde en licence, et le mécanisme de la main peut représenter un défi ;
  • Indiana Jones: the pinball Adventure reviendrait cher à cause de la franchise encore active ET d’Harrison Ford ET de Sean Connery ;
  • Safe Cracker casse les codes du flipper, une machine hors norme comme celle-ci serait un pari très risqué, alors que faire du remake a justement pour intérêt de limiter le risque ;
  • Twilight Zone était déjà une aberration technique en son temps, très difficile à maintenir au regard de ses toys inédits ;
  • Champions Pub n’a pas la cote sur le marché de l’occasion ;
  • Idem pour White Water.
Le flipper The Addam’s Family de Bally

De l’importance des études de marché

Vous pourriez rétorquer que des flippers sous licence comme Indiana Jones ou Addams Family trouveraient encore acheteurs aujourd’hui. Nous n’en doutons pas un seul instant, si le prix est bien dosé.

Car qui serait près à payer plus cher un remake des années 90 qu’un flipper dernière génération avec écran LCD, code profond et sound design qui remue le ventre ? En vrai, pas grand monde.

Les hardcores du “c’était mieux avant” privilégieront la machine d’occasion qui sent la clope et est livrée avec des chewing gums collés sous la caisse. Les nouveaux arrivants chercheront la modernité chez Stern ou Jersey Jack Pinball.

Un remake se doit de rester dans les prix du marché, sans quoi il ne trouve pas son public. Et les licences, tout comme les plateaux trop complexes, peuvent clairement faire sortir le tarif d’une fourchette acceptable, avec comme borne inférieur le prix de l’occasion et comme borne supérieure un flipper “New in Box”.

Les zones d’ombre sur le marché des remakes

Il y a encore de la place pour des remakes, mais plus tant que ça !

Mais pour bien comprendre les arbitrages des 3 protagonistes, il nous manque un élément : comment les thèmes sont-ils répartis entre fabricants ? 2 hypothèses s’affrontent.

Théorie N°1 : Chicago Gaming ne fera plus de remakes

La première piste consiste à dire que CGC a dealé pour un nombre fini de remakes. Avec Cactus Canyon, Chicago Gaming serait donc arrivé à la fin des 4 thèmes qu’il avait convenu avec Planetary Pinball Supply. Pedretti pour sa part se serait engagé sur deux thèmes, FunHouse et un autre à venir en 2026. Ce serait désormais le tour d’American Pinball, pour un nombre inconnu de machines.

Cette théorie est étayée par le fait que CGC travaille désormais sur des thèmes nouveaux, le premier étant Pulp Fiction. Un autre serait en préparation pour 2026.

Théorie N°2 : flipper, ton univers impitoyable

L’alternative est de considérer que Planetary Pinball n’offre aucune exclusivité à ses partenaires, que les négociations se font licence par licence. Autrement dit, le plus offrant gagne. Dans ce scénario, nous aurions désormais des remakes chez tous les fabricants en mesure de gagner une sorte d’appel d’offre.

Lors de notre podcast Twitch du 4 février 2026, la communauté avait voté pour l’hypothèse de la libre concurrence. Zex et moi penchons plutôt pour des négociations séquencées, qu’il est difficile de percevoir du fait de la durée de vie commerciale d’un flipper : en gros deux ans de conception, et plusieurs années de production. Du coup les deals se chevauchent dans le temps et laissent penser à une concurrence sauvage.

Les sorties de 2026 devraient nous donner des indications sur la stratégie de Planetary Pinball. Si vous avez des infos, ou des hypothèses argumentées, on se donne rendez-vous sur Discord pour en discuter !

Nick_O
Nick_Ohttps://pinballmag.fr
Collector of friends who have pinball collections.
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