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Flipper Yukon Yeti | Turner Pinball | Premier aperçu

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Assistons-nous à l’avènement d’un nouveau fabricant sur lequel il faut compter ? Avec le flipper Yukon Yeti, Turner Pinball signe son produit le plus ambitieux. Et il y a pas mal de choses à en dire.

Turner Pinball sur les cendres de deeproot pinball

Chris Turner est le patron de Turner Pinball (j’aime quand le monde est simple à comprendre). Le monsieur avait travaillé chez deeproot pinball, une escroquerie au sens littéral du terme. Le propriétaire Robert J Mueller est accusé de détournement de fond dans les grandes largeurs, le jugement n’a pas été prononcé encore. Quand la société a fondu les plombs, Chris a racheté le matériel pour 50 000$. Comme quoi il y avait tout de même de quoi faire des flippers chez deeproot, certains employés devaient croire au projet.

Jusqu’à présent, Turner Pinball avait sorti deux machines : Ninja Eclipse et Merlin’s Arcade. Deux produits respectables mais génériques (pas de licence, pas de toys mémorables, pas de mécaniques surprenantes). Par ailleurs, nous n’en avons pas vu en France, même si le distributeur autrichien RS Pinball en propose. Difficile donc de juger de la qualité d’exécution et du code.

A bien des égards, leur nouveau thème Yukon Yeti marque une nouvelle ambition.

L’arrivée d’un designer de renom : Denis Nordman

Merlin’s Arcade avait été conçu par un designer expérimenté, John Norris. Il a travaillé chez Gottlieb et Sega, mais on ne peut pas le qualifier de légende. J’ai eu beau regarder ses contributions passées, aucune de ses machines n’a marqué les esprits, hormis pour leur licence.

Pour Yeti Yukon, Denis Nordman a été sollicité, et là on change de catégorie. Il a été le designer d’une palanquée de oldies but goodies :

Je me posais la question récemment d’où était passé ce designer sympathique et original puisqu’on ne le voyait plus cité chez American Pinball. Et bien voilà la réponse ! Il fricote désormais avec Turner, et c’est tant mieux car il aurait été dommage de ne plus le voir contribuer à notre hobbie.

Flipper Yukon Yeti, une revisite de White Water

J’ai volontairement omis un des thèmes originaux de Nordman devenu un classique : White Water ! Sorti en 1993, il fait partie des flippers mémorables pour son plateau supérieur généreux et son tourbillon au-dessus du flipper gauche.

Flipper White Water Williams Flyer

Yukon Yeti est le fils illégitime de White Water : même papa, même thématique, mais pas même maman, car il n’est pas officiellement dérivé d’une licence Bally/Williams. Eh oui, les designers ne “possèdent” pas les flippers qu’ils créent. A l’époque, ils étaient salariés. Et même aujourd’hui, un designer freelance ne conserve le plus souvent pas les droits des flippers sur lesquels il travaille.

Mais au-delà du sujet du flipper, à savoir les étendues sauvages nord-américaines hantées par le Yeti (ou Big Foot, ou Sasquatch), il suffit de regarder le plateau pour comprendre la filiation.

Les similarités entre Yukon Yeti et White Water

Allez, jouons aux jeux des points communs :

  • La mascotte, mélange du fameux Big Foot américain et de Denis Nordman lui-même, qui a juste plus de cheveux blancs 🙂
  • L’architecture globale du plateau et notamment la disposition des shoots
  • Un upper playfield avec un batteur
  • La forme générale des rampes vues du dessus

Mais résumer Yukon Yeti à un remake frauduleux serait une grosse erreur, car passée la première impression, les différences sont aussi nombreuses que les similarités.

Flipper Yukon Yeti Turner Pinball Playfield

Les particularités de Yukon Yeti

Après visionnage d’une vidéo de gameplay, la confusion n’est plus possible. Tout d’abord la rampe qui menait au plateau supérieur est ici remplacée par un principe original de lock en vue d’un multiball. Il s’agit d’une sorte d’escalator montant qui accueille une bille sur chaque marche. Le mécanisme relâche les billes soit au compte-goutte via le upper playfield, soit dans une avalanche très cool en direction des batteurs.

Flipper Yukon Yeti Turner Pinball Ball lock

De plus, la rampe de gauche, observée de profil, ressemble à des montagnes russes, effet que l’on retrouve assez peu dans les machines modernes. Pour finir, un troisième batteur à mi-plateau sur la droite donne accès à trois shoots. D’une manière générale, le flipper délivre une offre généreuse en trajectoires, laissant penser que les rebonds non productifs seront peu nombreux. Un peu comme sur Elvira’s House of Horrors, où il chaque tir déclenche quelque chose.

Flipper Yukon Yeti Turner Pinball Rampe rapides

Le roi des neiges

Côté palette de couleurs, on oscille entre un bleu glacier et un vert menthe à l’eau. Rien d’étonnant à cela, le Yukon est un territoire canadien à la frontière avec l’Alaska. Torrent, plaques de neige, rochers nus, saloon, pépites d’or, filles de joie et stalactites… Le bingo de la conquête de l’Ouest version iceberg est coché !

Flipper Yukon Yeti Turner Pinball détail

Le light show offre un peu plus de chaleur que la caisse et le fronton, avec des animations réussies. Notamment la bande de led fixée sous la rampe des rapides est du meilleur effet. Décidément, on est loin d’un copier/coller de White Water, cette machine a de quoi en remontrer à son aïeul.

Encore des défauts de jeunesse

La copie n’est cependant pas parfaite. Partout où Denis Nordman ne peut pas intervenir, la qualité marque le pas.

Tout d’abord, la bande-son sent la poussière déposée sur le chapeau d’un chercheur d’or longtemps oublié au fond d’une mine. La boucle musicale copie le style joué dans les saloons de la ruée vers l’or, mais se répète beaucoup trop pour être agréable. De même les call-outs varient peu. Les gloussements des call-girls tournent en boucle. Le tout, après seulement quelques dizaines de minutes de gameplay, me porte déjà sur le système nerveux.

Dans le même esprit, les animations de l’écran LCD n’arrivent pas à la hauteur du plateau. Durant une partie, vous ne verrez pas beaucoup plus qu’une sorte de carte au trésor quasi statique, représentant votre progression dans le scénario. Et l’écran des scores ne relève pas le niveau.

The Yeti is watching you

Reprenons sur une note positive : le topper (au-dessus du fronton) expose une figurine de yeti dont les yeux éclairés clignent. Derrière le monstre, des effets lumineux projettent des aurores boréales sur un plexiglas en forme de montagnes enneigées.

Flipper Yukon Yeti Turner Pinball Topper

A combien se vend cette pépite ?

Aux US, vous pouvez acquérir le flipper Yeti Yukon dans sa version de base pour 9 999$. Quelqu’un se fait encore avoir par ces conneries de nombres pas arrondis ? Si je vous prends à dire que ce pinball vaut 9 000$, je vous décoche une mornifle ! Il coûte DIX MILLE DOLLARS, OK, DIX MILLE !

De la même façon, cette version s’appelle officiellement Legendary Edition. Mais elle n’a rien de légendaire hein, c’est la version DE BASE. D’ailleurs c’est marqué sur le site web, “BASE GAME”, DE BASE JE VOUS DIS !

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La version toutes options (avec vitre anti-reflet, shaker, knocker, speakers LEDs, art blades et le topper), qui n’a pas de nom ce qui n’a aucun sens, vous sera tarifée 12 249$.

Et si vous êtes un vrai de vrai, un collectionneur de l’enfer, vous pouvez allonger 100$ de plus pour choisir le numéro de votre machine. Ouaaaaah ! Le Marketing renouvelé par Turner Pinball, c’est quelque chose 😉

Pour les prix en Union Européenne, si tant est qu’il soit distribué, vous transformez le sigle $ en sigle € et vous ne serez pas loin de la réalité.

Une montée en puissance globalement concluante

La copie n’est pas parfaite, mais apprécions la montée en gamme de Turner Pinball. Le fabricant est encore loin de rejoindre le peloton de tête qui nous a récemment gratifié de licences de diiiiingues et de très belles expériences, mais il a clairement réduit l’écart. Encore un effort sur les détails (animations LCD, bande son et marketing) et Chris aura trouvé sa mine d’or !

Flipper Yukon Yeti Turner Pinball détail playfield

Cirqus Voltaire annoncé chez American Pinball

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En début d’année, le fabricant American Pinball a annoncé avoir négocié les licences de flippers Bally/Williams. En ce mois de mars 2026, le constructeur vient de dévoiler son premier remake d’une machine sortie en 1997 : Cirqus Voltaire !

Un choix logique : le nouveau patron d’American Pinball a embauché Melvin Brouwer-Williams, l’expert des machines conçues par le designer John Popadiuk. Vous l’avez compris, Cirqus Voltaire est un thème imaginé par ledit designer, donc la boucle est bouclée.

Le remake est prévu pour 2026. 2 704 unités avaient été vendues à l’époque, autant dire qu’il y a la place pour en proposer d’autres. Cette machine présente quelques particularités techniques qui n’en font pas la plus facile à reproduire :

  • un écran DMD incrusté dans le back panel (le fond vertical au niveau du plateau),
  • ce qui laisse la place pour une mécanique interactive dans le fronton,
  • un bumper “Monsieur Loyal” escamotable,
  • une boule en plastique emprisonnée dans un serpentin de métal.

Pas le plus simple des flippers à ressusciter, on croise très fort les doigts pour qu’American Pinball tienne ses promesses !

Flyer Cirqus Voltaire Bally (1)

American Pinball : la renaissance

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Le fabricant de flippers American Pinball (AP) mérite d’être suivi de près en ce moment, car il opère une belle renaissance. Il s’agit d’un phénomène rare dans un secteur où les sociétés ont plutôt tendance à disparaître, laissant clients et fournisseurs dans l’embarras.

Le rachat d’American Pinball par un passionné

Ces dernières années, le fabricant tirait la langue, au bord de la faillite. Et puis début 2026, Bryan Vincent a racheté la marque et les actifs de la société.

Ce businessman possède une entreprise de conception et fabrication de panneaux et accessoires LED pour une clientèle professionnelle. Sur la base de ce succès, Bryan rachète des sociétés. Par ailleurs, Bryan Vincent possède lui-même des flippers et se qualifie de “Pinball Enthusiasts”. Il promet d’investir.

Les dernières semaines ont clairement montré que cet homme tient parole.

Des remakes à venir !

Moins de 15 jours après le rachat, AP annonçait qu’il avait conclu un accord avec Planetary Pinball pour produire des remakes des flippers Bally/Williams. Un gros coup ! Le premier à avoir ressuscité ces vieux “oldies but goodies” fut Chicago Gaming et la qualité des machines reste aujourd’hui encore irréprochable.

Dans le podcast Flip N Out, Bryan Vincent confiait qu’en se rapprochant des équipes du manufacturier, il avait senti leur attente de retrouver un patron qui communique une vision et du leadership. Par ailleurs, il connait les récents problèmes de qualité d’American Pinball, mais sait son équipe capable de les résoudre car il n’y a là rien de structurel. Sous-entendu, si les machines avaient perdu de leur qualité, il s’agissait plus d’un problème de consignes managériales que de compétences.

Bryan Vincent place donc sa confiance dans ses équipes pour relever le challenge de remakes au plus haut niveau standard de qualité. Voilà de quoi restaurer l’estime de soi d’une équipe qui a dû souffrir ces dernières années.

Mais ce n’est pas tout !

American Pinball embauche !

Tout d’abord, Bryan a mis l’ancien Directeur commercial d’American Pinball a la tête de la compagnie. Une preuve concrète qu’il fait confiance à la team en place.

Dans la foulée, Bryan Vincent recrute à tour de bras ! Sa première action fut d’embaucher un designer de flippers, car il semble que la place était vacante (nous n’entendons plus parler de Dennis Nordman, l’ancien lead designer). Le nouveau venu s’appelle Melvin Brouwer-Williams. Celui-ci était le patron de la filiale DPX de Dutch Pinball, qui devait se spécialiser dans les flippers d’exception à tirage limité. Melvin avait quitté l’entreprise fin 2025 pour des raisons de divergence de point de vue avec les investisseurs quant à la stratégie de la marque. Il avait apporté avec lui les licences des thèmes conçus mais jamais menés à bien par le designer John Popadiuk. Melvin est reparti avec son catalogue. Nous ne savons pas s’il le met à disposition d’American Pinball.

Courant mars 2026, Bryan a ajouté un membre à son “Board of Advisors”, une instance en charge de conseiller les dirigeants. Il s’agit de John F. Schwarz, compétiteur vétéran de flipper (64 ans). Hormis comme joueur, l’homme n’est pas connu et le communiqué ne s’étend pas sur ses expériences passées.

Les accessoires sur le devant de la scène

L’embauche suivante concerne un duo : Rob Rath et Nick Neitzel. Le premier sera Product Director (un marketeux), le second Product designer (conception des flippers). Tous deux sont les fondateurs de The Electronic Playground (TEP), créateur et vendeur de toppers et mods alternatifs pour les flippers.

Les deux compères avaient collaboré avec Melvin sur les accessoires officiels du flipper Alice in Wonderland, le seul produit commercialisé par DPX avant sa fermeture. Ils travaillent donc à nouveau sous la responsabilité de Melvin pour le compte d’American Pinball, autant pour les remakes que pour les futurs titres originaux, dans un rôle plus vaste que les seuls accessoires. Ils n’abandonnent pas pour autant TEP, présentant même sur leur site web l’expansion de leurs locaux.

Une supposition : TEP grossit car ses fondateurs comptent fournir les accessoires des futures machines d’American Pinball. Cette idée est confortée par l’insistance avec laquelle Bryan Vincent a présenté sa vision d’un flipper personnalisable, avec plus ou moins d’options, durant le podcast de Flip N Out.

American Pinball Hiring

L’annonce ci-dessus indique que la campagne de recrutement ne concerne pas uniquement la direction de la société, mais aussi les opérationnels : les ouvriers, l’approvisionnement, le contrôle qualité.

Et côté flipper, à quels thèmes peut-on s’attendre ?

Tout d’abord, Ron le President et Bryan le propriétaire ont été transparents : le flipper Cuphead n’est pas à l’ordre du jour. Il s’agit d’une machine qui était déjà en conception avant le rachat, a priori proche de la commercialisation, mais l’accord avec l’ayant droit semble avoir du plomb dans l’aile. Les deux hommes en parlent en des termes prudents, indiquant ne fermer aucune porte, mais ils n’y croient manifestement plus. Cuphead est un jeu vidéo à succès, à l’esthétique inspirée des premiers dessins animés comme Steamboat Willy.

Attendons-nous bien évidemment à des remakes. Pour ce qui est de licences originales, toute la question est de savoir si Melvin va continuer dans son idée de produire les flippers de John Popadiuk ou non. Ce n’est pas annoncé officiellement en tous cas.

Quand le site kineticist a posé la question à Ron Lindeman des ambitions d’American Pinball, celui-ci a répondu qu’il espérait commercialiser deux flippers dans l’année à venir et en avoir quatre en préparation. Ce serait une sacrée revanche !

La philosophie du patron d’American Pinball

Bryan Vincent se distingue par une approche très pragmatique, loin des grandes promesses de révolution que tiennent souvent les nouveaux entrants sur un marché. Sa stratégie est simple : faire de bons flippers, traiter correctement ses clients et ses distributeurs, et le succès devrait suivre. Hormis sa vision sur un flipper “personnalisable” comme dans le monde automobile, son approche fait penser à celle de Barrels of Fun. Voilà des personnes qui ne se la racontent pas, mais qui délivrent de belles machines.

Toutes ces informations semblent de bonnes nouvelles, démontrant une stratégie solide appuyée par des preuves tangibles à court terme. Ma seule interrogation concerne Melvin, qui est parti assez peu élégamment de chez DPX, et dont le catalogue “Popadiuk” inquiète autant qu’il enthousiasme. En effet, les derniers designs de cet illustre acteur du flipper ont démontré qu’ils n’étaient pas aboutis techniquement (cf Magic girl, qu’une équipe hollandaise a finalisée pour la beauté du geste mais en devant reprendre certains éléments de conception). Par ailleurs, ces thèmes commencent à sentir le réchauffé, et se traînent une particulièrement mauvaise réputation de promesses non tenues.

Espérons que Bryan et Ron sauront dire non à leur poulain Melvin…