Chers amis lecteurs, attention cet article peut agacer ; alors mettons les pieds dans le plat et surtout mettons les points sur les i tout de go si vous le voulez bien : au risque d’en énerver quelques-uns (ce dont je m’excuse par avance…), lorsque l’on parle casuellement entre pinheads du « flipper Indiana Jones », on fait bien sûr allusion au VRAI flipper Indiana Jones ; et donc on entend par là, évidemment : Indiana Jones, the Pinball Adventure.

Pourquoi cette mise au point en guise d’amuse-bouche me direz-vous ? C’est simple, il existe bel et bien un autre « flipper Indiana Jones », réalisé quant à lui par Stern en 2008 lors de la sortie du 4ème opus « Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal ». Il faut bien reconnaitre que ce flipper est aussi peu inspiré que le film, même si il faut lui concéder quelques qualités, mais ce n’est pas le propos de cet article. D’ailleurs on espère faire un test de ce Stern Indiana Jones un jour prochain car il mérite néanmoins le détour, ne serait-ce que parce qu’il s’agit –là encore- de ce bon vieil Indy !  

Aujourd’hui nous allons donc évoquer ensemble l’un des plus célèbres (et adorés) flippers de l’histoire du pinball, toutes époques confondues.

Un flipper qui fait vivre le mythe

A n’en pas douter, Indiana Jones the Pinball Adventure a tout pour lui. À commencer par la licence dont il fait l’objet : quoi de mieux, je vous le demande, que le thème d’Indiana Jones pour rassembler et exciter les foules ? Ma réponse s’il en fallait une pour les besoins d’un débat qui s’avère d’ores et déjà stérile (mais on ne se refait pas…) : Star Wars.

Zoom playfield Indiana Jones
Les avions de l’épisode Indiana Jones et la Dernière Croisade

Probablement le seul thème qui serait encore plus populaire et fédérateur qu’Indy.

Vous n’êtes pas d’accord ? pas grave !

La vérité c’est qu’aucun flipper Star Wars n’a jusqu’à présent su retranscrire le mythe à sa juste valeur. On touche le mythe, on essaie de s’en approcher, mais en fait c’est raté et si ces jeux n’avaient pas eu la licence Star Wars, ils auraient été quelconques. Pas d’accord ? Ce n’est toujours pas grave !

On peut effectivement débattre cent sept ans, le fait est que le Williams Indiana Jones est un oiseau rare : car rares sont les flippers ayant aussi parfaitement su faire vivre le mythe, et je dirais même plus : rarissimes sont les flippers qui nous font vivre le mythe.

Car dans ce flip, Indiana Jones : c’est vous ! (ndla : d’où le nom associé « the Pinball Adventure », un peu comme s’il s’agissait d’un nouveau film dans lequel cette fois le joueur est le héros).

Une bien belle machine

Tout cela s’annonce très sympathique et pour quiconque n’a jamais joué à Indy, la première rencontre avec cette machine est bien souvent mémorable : pour commencer il s’agit d’un widebody, donc forcément spectaculaire même pour l’œil averti car posé à coté d’un « standard body », l’autre en impose ! Ensuite le « look & feel » : on a affaire ici, nul doute, à l’un des plus beaux flippers jamais produits ; la combinaison de couleurs orangées et marron propres à l’univers d’Indy est vraiment du meilleur effet, et ceci combiné aux deux grosses rampes magistrales comme Mark Ritchie en a le secret, ainsi qu’au mini-playfield (le « Path of Adventure »), rendent tout de suite le jeu excessivement attractif que ce soit pour le néophyte ou le joueur aguerri.

Playfield et backglass du flipper Indiana Jones, Williams
Le widebody, vu au ras de la glace du flipper

De prime abord donc, on a affaire ici à un « beau » flipper.

Mais qu’en est-il du jeu à proprement parler : est-il au niveau de la licence ? Plus important encore : est-il à la hauteur du mythe ?

C’est là que le débat peut véritablement s’engager, finalement.

Car si Indiana Jones est un « excellent » flipper, personne a priori ne dira le contraire, il n’est pas en soit le « meilleur » flipper loin de là, et je vais m’en expliquer immédiatement devant vous.

Un plateau bien conçu mais sans prise de risque

Commençons par le design du playfield.

Mark Ritchie (Taxi, Dinner, Fish Tales) est certes très bon, mais il n’est pas le plus grand designer de l’histoire. Il n’a pas le génie créatif de Pat Lawlor, et il n’a pas non plus le sens du flow de son frère Steve Richie.

J’argumenterais néanmoins que je préfère les jeux de Mark à ceux de Steve. Je les trouve juste plus marquants, et plus fun – mais ça reste un avis purement personnel.

Revenons à nos moutons.

Les deux grosses rampes qui s’entrecroisent forment la marque de fabrique de Mark Ritchie. Si elles ne « s’entrecroisent » pas réellement dans Indiana Jones, l’on reconnaît immédiatement l’empreinte et le cousinage assumé : ces rampes sont massives et très pentues ! (ndla : mieux vaut d’ailleurs avoir des batteurs bien réglés sinon vous serez à la peine pour faire monter la bille !)

Bref, si le design est tout à fait cohérent et fonctionnel (orbites gauche et droite, un scoop à gauche, deux rampes, un couloir centre droit vers un stand up target et un bank target central qui cache le trou du lock), il n’a pas de prise de risque véritable, soyons honnêtes.

Quand on sait que Indy est sorti littéralement juste après Twilight Zone, la différence en terme de design plateau saute vraiment aux yeux : 10 alley-shots pour TZ contre « seulement » 7 pour Indy alors que les deux flippers sont de même taille.

Un lancement commercial éclipsé par celui de Twilight Zone

Petite anecdote sur le développement d’Indy : celui-ci n’a pas bénéficié à l’époque des mêmes moyens de promotion que Twilight Zone. La raison à cela est que TZ est sorti trois mois plus tôt (Avril 1993 vs. Août 1993). Clairement, TZ avait les faveurs de la direction de Midway puisque l’équipe de Pat Lawlor était aux manettes, forte du succès historique obtenu précédemment sur The Addams Family.

Pat Lawlor a eu carte blanche et budget illimité (!) pour produire Twilight Zone. Résultat : la sortie d’Indiana Jones fut un petit peu plus « confidentielle » (relativement parlant, bien sûr) ; Car si TZ fut le succès que l’on sait avec 15 235 exemplaires vendus, Indiana Jones et ses 12 716 machines produites fut une très belle réussite également. Les joueurs, dans les bars et salles de jeux, s’orientaient plus aisément vers Indy que vers TZ car le jeu était moins complexe, plus accessible et le thème, évidemment, plus parlant.

Indy, une aventure totale où le fun est présent… très présent même.

Il ne faut pas voir Indiana Jones comme « juste » un flipper : en fait c’est plus que ça (comme TZ finalement), c’est un univers tout entier qui a été recréé sous la glace. Mais là où TZ a d’abord mis le paquet sur la foultitude de shots et de toys, Indy a quant à lui véritablement capitalisé sur les modes de jeux et la licence avec :

  • Une bande son évidemment connue de tous et géniale (ndla : d’ailleurs il s’agit là du premier flipper DCS, et il le mérite) ;
  • Des call-outs réalisés tout spécialement en studio par John Rhys-Davies, l’acteur qui joue Sallah dans les films l’arche perdue et la dernière croisade ;
  • 12 modes de jeux sensationnels (4 pour chacun des trois premiers films) ;
  • Des chasses aux trésors en veux-tu en voilà avec des jackpots à récupérer, mais aussi à rapporter au musée si mission remplie (les super jackpots)
Zoom playfield Indiana Jones 2
Les personnages secondaires autour d’Indy et son lasso, notamment Sallah dont l’acteur a fait les voix du flipper.

Bref on s’éclate, on est dedans, on oublie tout le reste et force est de constater après quelques parties que l’addiction fonctionne à plein tube.  
Difficile de lâcher Indy pour jouer à un autre flipper ensuite…

The pinball adventure : peut-être pas le meilleur flipper, mais une ambiance incomparable

Il m’a fallu un peu de temps pour arriver à ce constat brut et honnête que je partage avec vous aujourd’hui : s’il n’est pas le meilleur flipper du monde en terme de jeu pur et dur, l’atmosphère et l’ambiance font que d’une manière globale, on a difficilement fait mieux …

Et pour ma part, sauf Twilight Zone qui est résolument hors norme, Indiana Jones est également unique dans son style bien à lui. Je ne l’ai certes pas « vu » comme tel immédiatement, mais avec l’expérience acquise au fil des ans et le nombre de machines auxquelles j’ai pu jouer, je le dis aujourd’hui de tout cœur : oui, Indiana Jones est un flipper fantastique.

L’Idole des Incas et le mini-playfield

Allez, continuons notre petit tour d’horizon du playfield tant que nous y sommes.

L'idole des Incas, flipper Indiana Jones
L’idole des Incas, qui locke les billes

Comme dit plus haut, si l’implémentation des shots est relativement standard, l’excitation de les réussir est pour autant omniprésente car la musique et les call-outs vous entrainent comme il faut. Aussi, les slingshots sont particulièrement vifs sur Indy, ce qui a pour effet de faire valser la bille un peu partout (plus qu’à l’accoutumée). Il faut user de plein de petits « nudges » pour l’orienter sur les batteurs et être en mesure de viser convenablement ensuite.

L’autre particularité d’Indy ce sont les deux « toys » majeurs du jeu : l’Idole des Incas sur la droite du plateau qui sert à locker les trois billes et à  les recracher lors des séquences de multi, et le « Path of Adventure » (aka le mini-playfield) que l’on incline de gauche à droite afin d’orienter la bille, éviter les pièges, accessoirement marquer quelques gros points et remporter une extraball bien précieuse.

« Précieux », serait-ce justement l’un des mots qui caractérise cet Indy ? Peut-être que oui à bien y réfléchir… Déjà, il a de précieux tous les trésors qu’il faut aller glaner de part et d’autre !

Haut du playfied Indiana Jones Williams et backglass
En haut à gauche, le mini-playfield

Jackpots, trésors à gogo et wizard mode

Commençons par les trois jackpots que sont :

  • The Arch of Alliance (référence aux Aventuriers de l’Arche Perdue)
  • The Stones of Sankara (référence au « Temple Maudit »)
  • The Graal (référence à « La Dernière Croisade »)          

Chacun rapporte de gros points et peut être doublé, voir triplé, si l’on arrive à mettre des billes dans le trou central (derrière le target-bank) avant d’aller chercher le jackpot avec la rampe droite.

Une fois ces trois jackpots récupérés, il s’agira de les rapporter au musée ! Et c’est ça qui fait l’objet de trois « super jackpots » en sus des jackpots « normaux » qui, comme vous l’aurez deviner, permettent de scorer encore plus.

A ce stade j’espère sincèrement que vous n’êtes pas trop fatigués par ces périples aussi excitants qu’ils sont relevés car on ne va pas s’arrêter en si bon chemin, c’est moi qui vous le dit !

La quête d’Indy est loin d’être terminée car il vous faudra également aller chercher les trésors perdus, par le biais du totem et de la captive-ball se trouvant au fond à droite du playfield.

Dans un multiball à deux billes où tout s’arrête dès que l’une des deux billes est perdue, vous tenterez de collecter les six trésors que sont :

  • the Idol of the Incas
  • the Diamond of Shanghai
  • the Cross of Coronado
  • the Headpiece of the Staff of Ra
  • the Remains of Nurhachi
  • the Fish of Tayles (une private joke de Mark Ritchie en référence à son Fish of Tales)

A chaque trésor gagné, des gros points, et bien sur ça monte crescendo… Un régal, et toujours cette musique épique qui vous entoure et vous fait prendre conscience que le monde a besoin d’Indiana Jones, que le monde a besoin de vous !

Il a tellement besoin de vous d’ailleurs que votre mission, si vous l’acceptez Dr Jones, sera d’aller au bout des 12 modes de jeux pour atteindre le wizard mode « Eternal Life » à 6 billes, et tâcher de compléter TOUS les shots et switchs du plateau pour 1 000 000 pts. Pas une mince affaire…

S’il ne devait rester qu’un flipper dans une gameroom…

Alors oui c’est passionnant, c’est de l’aventure à fond la caisse, c’est beau qu’on n’en peut plus et le challenge est là car le jeu est loin d’être facile. Bref, on ne s’en lasse pas (ndla : je n’ai d’ailleurs pas fait mention des trois « vidéo modes » très réussis…)

Et pourtant, si Indiana Jones the Pinball Adventure est constamment plébiscité parmi les flippers préférés de tous les temps (sa cote en collection est au plus haut et ne descend pas, jamais) les joueurs de tournoi lui préfèreront des machines plus « directes » dans le flow de la bille (type Attack From Mars). Ce n’est pas une surprise en fait car le joueur de tournoi n’en a souvent que faire des toys et des mini-playfield et préfère un simple target au fond de plateau pour peu qu’il lui rapporte 1 000 000 pts.

Chez Pinball Mag. on aime « le flipper » dans tout ce qu’il est et tout ce qu’il représente, et on l’aime dans son écrin, car c’est un tout qu’il s’agit de considérer si l’on veut lui porter un jugement raisonné et raisonnable. On ne peut s’arrêter au flow ou au scoring (qui d’ailleurs est plutôt équilibré sur Indy, entre choisir de jouer les modes ou s’entêter sur les multiballs) pour qualifier de bon ou pas bon telle ou telle machine.

Et donc le mot de la fin sera le suivant : flipper mythique ? Oui, sans conteste. « Meilleur » flipper du monde ? Non, mais il pourrait presque « au moins » prétendre à ce titre ; il lui manque juste un peu d’originalité dans les shots, qu’il compense tout à fait néanmoins par une licence formidablement bien exploitée (can you hear me Stern ?).

Flipper Indiana Jones Williams

En revanche, si vous ne deviez avoir qu’un seul flipper dans votre gameroom et le garder pour toujours, et bien il serait tout à fait justifié et raisonnable de considérer Indiana Jones, the Pinball adventure car il est au monde du flipper ce que la Coupe « aux grandes oreilles » est à la Ligue des Champions : un trophée inestimable pour lequel on joue, que l’on ne peut s’empêcher d’admirer, et que l’on convoite quand on ne l’a pas encore touché.

FICHE TECHNIQUE

GÉNÉRAL :      
Fabricant : Williams (Midway Manufacturing Company)       
Date de production : Août 1993                         
Type
 : widebody           
Processeur : Williams WPC (DCS)      
Abréviation : IJ             
Unités produites : 12 716       
Prix de lancement : N/C         

TOYS / particularités :           
Idole rotative
qui verrouille les billes et les renvoie sur le plateau lors des séquences de multiball
Mini-playfield
« path of adventure » 

FONCTIONNALITES NOTABLES :      
Flippers (2), Pop Bumpers (3), Slingshots (2), Standup targets (7), Kick-out holes (2), Rampes (2), 3-bank drop-targets (1), Captive ball (1), Autoplunger en forme de revolver, Trois video-modes.
4 modes de multiball : regular multiball à 3 billes, Quick multiball (2 billes), “Well of Souls” multiball (6-billes), “Eternal Life” wizard mode (6-billes).

ÉQUIPE TECHNIQUE ET ARTISTIQUE :         
Game Design : Mark Ritchie, Doug Watson    
Concept : Mark Ritchie, Brian Eddy, Doug Watson     
Mécanique :
 Jack Skalon          
Software : Brian Eddy
Artwork : Doug Watson           
Son : Rich Karstens      
Musique : Chris Granner