Le 10 novembre 2020, l’Union Européenne mettait en place une taxe de 25% sur 150 catégories de produits importés des Etats-Unis. Celle-ci constituait le dernier épisode du conflit sur les avionneurs Airbus et Boeing. En gros les deux géants s’accusent mutuellement de subventionner de manière indue leurs champions respectifs.

Cette taxe impacte les flippers et leurs accessoires, via une escalade façon “si tu me tapes le genou, j’insulte ta mère, et pis c’est pas grave si elle a rien fait, fallait pas me chercher”. Il y a des guerres qui durent longtemps, comme ça…

Un revirement surprenant

Il n’aura pas échappé à nos lecteurs, fins politologues, qu’entre le 10 novembre et la publication de cet article, les Américains ont changé de Président. Exit Donald Trump, bonjour Joe Biden.

On dirait qu’il prépare un mauvais coup. Méfions-nous 😉

Beaucoup d’observateurs manifestaient leur scepticisme sur une embellie avec ce changement de contexte. Le nouveau Président, bien que très différent de son prédécesseur, ne l’était pas vraiment en matière de protectionnisme. D’ailleurs, le 11 février, l’administration Biden avait indiqué ne pas revenir à court terme sur les dernières taxes décidées par Trump, et qui avaient pris effet le 12 janvier.

Et pourtant, le 4 mars 2021, Président américain et Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission Européenne, ont convenu de suspendre les taxes “de représailles dans le conflit Airbus/Boeing”, comme l’indique le communiqué de presse de la CE. De plus, “ces tarifs seront suspendus de part et d’autre pour une période de quatre mois, dès que les procédures internes auront été finalisées”. Les procédures auront pris quelques jours, puisque le 11 mars, la suspension est effective.

Ursula prête pour la castagne !

Pourquoi quatre mois de suspension de la taxe ?

Faut croire que Trump a inventé la mode du 25%

Qu’est-ce qui explique cette période transitoire ? Voici la réponse : si les deux parties montrent de la bonne volonté, le problème initial reste à résoudre. “Cette période initiale de quatre mois de suspension sera mise à profit pour trouver une solution pérenne à ce contentieux et ainsi éliminer ces sanctions de manière définitive. L’Union européenne et les États-Unis vont maintenant pouvoir aller de l’avant et définir de nouvelles règles encadrant le soutien public au secteur aéronautique […]”, indique le communiqué du Ministère de l’Économie français.

Donc concrètement, ils ont 4 mois pour se mettre d’accord sur les subventions que chaque partie accorde à son avionneur. Parce que le vrai méchant est précisé dans la suite de la déclaration : “[…] pour mieux lutter contre la concurrence déloyale et les distorsions liées aux subventions industrielles pratiquées notamment par la Chine.” Ben heureusement que nous n’avons pas encore de flippers chinois…

Non mais je plaisante hein. En vrai, nos flippers sont déjà fabriqués en Chine, du moins leurs pièces détachées. Ce serait ballot que la taxe disparaisse pour renaître sous la forme d’une hausse des taxes sur les composants, qui aboutirait exactement au même résultat. Allons, restons optimistes.

Quelle conséquence pour nous, là, maintenant ?

Votre prochain flipper neuf (Stern, au hasard), va retrouver son prix de 2020 ! A peu de chose près, puisque Stern et JJP avaient augmenté leur prix entretemps. Nous pouvons donc espérer que la bulle inflationniste qui impactait également les flippers d’occasion ralentisse.

Nous n’irons pas jusqu’à prédire une baisse générale des prix des flippers anciens, les variations sont toujours plus promptes à la hausse qu’à la baisse. Mais sur la durée, nous revenons dans un contexte plus serein.

Il y a toujours un “mais”

Ou deux ! Les stocks des distributeurs européens qui avaient fondu à l’annonce de la taxe vont mettre un certain temps à se reconstituer. D’où un effet pas forcément immédiat sur les tarifs de l’occasion.

Et que va-t-il se passer pour les flippers importés à prix fort durant le laps de temps où la taxe était effective ? Comment nos distributeurs vont gérer ces machines dont le tarif est dé-positionné ? 3 options :

  • Maintenir les prix même sur les nouvelles machines pour ne pas se tirer un balle dans le pied. Pour cela, il faudrait que tous les revendeurs se mettent d’accord, ce qui est toujours compliqué quand on dépasse 2-3 acteurs. Et il s’agirait d’une entente illicite. Les acteurs d’un marché n’ont pas le droit de “fausser le jeu de la concurrence”, comme le texte de loi le précise.
  • Vendre à perte. Aligner les prix de vente sur les flippers sans taxe. Là aussi, la pratique est illégale mais elle comporte des exceptions et notamment celle-ci : en cas de “réapprovisionnement à la baisse”. Ben on est pile dans ce cas-là.
  • Acheter de nouveaux flippers sans taxe, conserver les flippers avec taxe, et voir ce que l’avenir réserve. La trésorerie doit suivre, ce qui, au prix des machines, n’est pas donné à tout le monde.

Fort heureusement pour nos distributeurs comme pour nous, la période avec taxe fut courte, donc l’éventuel manque à gagner limité.

La taxe risque-t-elle de revenir après les 4 mois ?

Là nous n’avons pas la réponse, et les décisionnaires non plus. Tout le monde a l’air motivé pour ne plus se taper dessus, et le mandat de Joe Biden démarre à peine. Autorisons-nous l’optimisme.

Pour finir, ne boudons pas notre plaisir ! Ces derniers mois, les bonnes nouvelles ne furent pas légion pour les pinheads. Donc prenons cette annonce de suspension de taxe sur les pinballs comme un cadeau de Noël en retard. Et inattendu !

Sources