Les différentes générations de flippers

Le flipper existe grosso modo depuis un siècle, si on ne prend pas en compte ses ancêtres comme le jeu de bagatelle. Durant cette période, plusieurs générations de flippers se sont succédées, faisant varier la forme, la technologie, le business model… Ces évolutions sont retranscrites dans le vocabulaire qu’utilisent les amateurs et les collectionneurs pour distinguer les périodes.

Electromécanique, numérique, Solid State, Spike 1, WPC… Ce vocabulaire fait barrage à la compréhension du nouvel arrivant. Faisons le tour des termes les plus répandus, et abordons-les dans leur ordre chronologique.

Une partie du contenu présent dans cet article s’appuie sur la conversion que nous avons eue avec Pascal de BalzacWiGoSt. A écouter si vous préférez l’audio 🙂

Des flippers nommés par leur technologie

Les Pinheads, comme on aime appeler les passionnés de flippers, définissent les générations de flippers successives par les technologies qu’elles exploitent.

Souvent, celles-ci décrivent le type d’écran inséré dans le fronton. C’est vrai pour les flippers numériques, alphanumériques, DMD et LCD. Mais reprenons depuis le début.

Les flippers mécaniques

Au commencement, il n’y avait pas l’électricité. Les tous premiers flippers étaient purement mécaniques, généralement en bois avec quelques pièces de métal et de verre. L’interaction du joueur se limitait à l’impulsion de départ donnée via le lance-bille. Le reste était du hasard.

Cela n’est pas étonnant, car jusqu’à la fin des années 90, le flipper était avant tout une machine à sous, comme le bandit manchot. Certes, au fil du temps, l’appât du gain a laissé la place au plaisir de jouer, mais pour les exploitants, le modèle de revenu était commun aux deux types de machines.

Flipper mécanique de marque Bally - Airway - 1933
Flipper mécanique Airway, Bally, sorti en 1933 – Copyright : ipdb.org

Les flippers électromécaniques

Les flippers électromécaniques (abréviation : flippers EM) constituent la majeure partie des flippers produits à ce jour. On situe l’époque phare de ces engins entre la fin de la 2ème Guerre Mondiale et la fin des années 70. La machine est électrifiée, ce qui permet l’apparition d’éléments qui nous paraissent aujourd’hui indissociables du flipper, par exemple :

  • Les batteurs apparus pour la première fois en 1947 sur le pinball Humpty Dumpty
  • Les bumpers mobiles apparus en 1948
  • Les slingshots (ces élastiques en triangle que l’on retrouve souvent juste au-dessus des batteurs) que le flipper Super Hockey de Chicago Coin a étrennés
  • Les switches, les cibles fixes puis tombantes et j’en passe…
Flipper électromécanique Jet Spin - Gottlieb - 1977
Flipper électromécanique Jet Spin – Gottlieb – 1977

Si des termes vous échappent, nous avons un dictionnaire des mots employés dans l’univers du flipper.

Le score est alors affiché sur des rouleaux. Il s’incrémente en fonction des actions que vous menez. Il n’y a pas encore d’élément informatique, donc les règles de décompte sont simples. Mais avec un peu d’ingéniosité, les concepteurs savaient déjà appliquer un bonus sur un score par exemple, ou valider l’exécution de quelques combinaisons d’actions simples comme faire tomber toutes les cibles.

Les Solid State

En voilà une expression absconse. En informatique, un « solid state device » définit un appareil dont les composants sont fixes. Par exemple, jusqu’à récemment les disques durs gravaient les données sur un disque, ce qui entraînait le mouvement d’une tête de lecture/écriture. Mais avec les disques durs SSD (littéralement Solid State Device), tous les éléments de sauvegarde sont fixes.

Dans le petit monde du flipper, l’apparition des solid state pinballs signifie « la transition entre flipper à relais et flipper à transistor » (dixit notre expert Romain). En d’autres termes, tous les flippers décrits à partir du chapitre suivant sont des Solid State. Les électromécaniques n’en sont pas.

Le passage de l’EM au SS (donc des contacteurs aux transitors) permet de mettre des batteurs plus puissants et donc d’augmenter la vitesse de la bille et la pente (3 degrés sur les EM selon les paramètres usines contre 6,5 pour les SS). Ce changement se fait progressivement au cours des ans, il ne s’agit pas d’une rupture brutale. La différence entre les premiers SS et les derniers EM n’est pas flagrante sur ce point.

Néanmoins, les flippers Solid State sont en général plus rapides, plus pêchus que leurs prédécesseurs.

Les flippers numériques

A la fin des années 70, apparaissent les premiers flippers numériques. Les rouleaux sont alors remplacés par des affichages numériques. Mais comme leur nom l’indique, il ne s’agit que de chiffres. Pour vous représenter ce que cela signifie, pensez aux calculettes solaires que nous utilisons aujourd’hui pour effectuer des calculs simples. Elles ont 7 « segments », c’est-à-dire 7 petites barres pour former un caractère.

Flipper numérique Devil’s Date – Gottlieb – credit photo : ipdb.org

Les règles de décompte des scores se complexifient car un peu d’informatique est embarquée, mais ces machines restent très loin des standards actuels.

Les flippers alphanumériques

L’ère des flippers numériques est très courte, car au milieu des années 80, ils sont remplacés par les flippers alphanumériques. De loin, les écrans se ressemblent beaucoup, mais en réalité la révolution est en marche.

Ces écrans affichent à la fois des chiffres et des lettres. La machine peut enfin communiquer avec le joueur. Cela signifie que les mécaniques de jeu peuvent s’enrichir. Voici donc l’avènement des flippers à missions !

Oh ! Des lettres ! Flipper Alphanumérique Bad Cats – Williams

Qu’entend-on par « missions » ? Le fait de devoir réussir des actions différentes selon le scénario qui est lancé, mais aussi conditionner l’apparition de certaines séquences au fait d’avoir complété plusieurs défis au préalable.

Vous me voyez peut-être venir : le flipper alphanumérique rend possible les Wizard Modes, ces missions finales qui, en quelque sorte, indiquent que vous avez réalisé à peu près tout ce qu’il y avait à faire sur le flipper, même si vous n’être pas entré dans les High Scores, d’ailleurs.

Le flipper prend alors une tournure proche du jeu d’aventure, avec un début et une fin. Dans les faits, la partie ne s’arrête pas si vous avez passé le Wizard Mode, mais l’esprit y est.

Les flippers DMD (ou DOT)

Les premiers pinballs DMD sont apparus au début des années 90 et constituent ce que tout le monde s’accorde à considérer comme l’âge d’or de nos machines préférées.

DMD est l’acronyme pour Dot Matrix Display. Il s’agit des écrans qui affichent une multitude de petits points, souvent oranges. La plupart du temps, la résolution de l’époque est de 128 pixels de large sur 32 pixels de haut. La somme de ces pixels, en s’éteignant et s’allumant, restituent une animation.

L’écran DMD apporte un affichage visuel contextuel qui peut être très plaisant si l’expert en charge de l’animation est bon. Mais il prolonge également l’expérience avec ce qui est quasiment devenu un must-have : le video mode.

Le video mode est un mini-jeu vidéo présent sur le DMD. On interagit au moyen des deux boutons qui actionnent également les batteurs.

Tirez sur les jet skis du video mode du flipper Fish Tales

Les flippers LCD

Le DMD a eu la vie dure et il faut attendre l’arrivée du fabricant Jersey Jack Pinball avec son flipper Wizard of Oz en 2013 pour le détrôner.

JJP inclut un écran LCD à la place du sacro-saint DMD, et il voit les choses en grand : l’écran occupe une bonne moitié du fronton, là où la génération précédente laissait encore beaucoup de place à la backglass.

Wizard of Oz de Jersey Jack Pinball

Stern Pinball, contesté pour la première fois depuis 10 ans, lui emboîte le pas mais en gardant sa touche personnelle. En effet, ses écrans sont à peine plus grands que le DMD.

Cette innovation permet de mieux rendre hommage aux licences qui forment le gros des thèmes de flipper depuis les années 2000. A vous les séquences de film !

Cette évolution implique aussi la nécessité d’un nouveau métier dans les équipes de conception : les animateurs 3D, qui vont devoir mettre en scène les scores, les animations intermédiaires entre deux passages cinématographiques.

Les Pincabs

Si vous tapez « flipper numérique » sur Google, le résultat de recherche vous affiche en réalité… Des pincabs. Et la différence est de taille entre les machines des années 80 et le pincab. Ce flou dans les termes employés entretient la confusion, c’est certain.

Un joli Pincab !

Le Pincab est un hybride entre un vrai flipper et un ordinateur. Le plateau est remplacé par un écran LCD, ce qui permet de jouer à des centaines de tables sur une même machine. La physique y est reproduite de manière de plus en plus réaliste pour simuler le nudge (l’action de faire bouger le flipper pour dévier la bille) ou le dosage du lance-bille. Le son est également l’objet de toutes les attentions afin de reproduire le bruit des bumpers, de la bille qui roule de part et d’autre du plateau…

Mais nul besoin d’en rajouter, nous avons un article dédié au pincab, ou virtual pinball en anglais.

Pour aller dans le détail : les termes de flippers plus avancés

Maintenant que nous avons brossé un panorama général, nous pouvons citer quelques termes que l’on retrouve souvent au détour d’un post sur un forum ou d’une fiche technique. Il n’est pas question ici d’être exhaustif, mais plutôt de partager quelques références.

Les System XX

On entend souvent des dénominations barbares embarquant le mot « system » suivi d’un nombre. Ces dénominations concernent les types de cartes électroniques utilisées dans différentes générations de machines.

Par exemple, Les Gottlieb System 3 constituent la dernière génération de cartes Gottlieb. Celle-ci a couvert une partie de leurs machines avec afficheur alphanumérique et DMD.

Les flippers System 11

Mais on entend encore plus souvent parler des System 11. Ces cartes ont été utilisées de 1986 à 1990, du flipper High Speed au flipper Dr Dude, chez le plus grand fabricant de l’époque : Williams.

Mais de quoi s’agit-il ? Du système électronique embarqué sur les pinballs alphanumériques Williams de l’époque. Pour mémoire, à l’époque Bally et Williams étaient deux entreprises différentes.

Donc voilà, les « System 11 » forment la partie électronique utilisée lors d’une sous-période de l’ère alphanumérique, sur les flippers Williams uniquement. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : tous les alphanumériques ne sont pas des System 11. Par exemple, les flippers alphanum tardifs comme FunHouse n’utilisent pas cette technologie.

FunHouse

Les flippers WPC : Williams Pinball Controller

Ah, en voilà un autre terme qui laisse le newbie perplexe !

« WPC signifie ‘Williams Pinball Controller’. C’est le circuit intégré conçu par Williams et utilisé de 1990 à 1999. » (source : ce post flipjuke, qui est une excellente manne d’info sur ce type de sujet pointu).

1990 marque la fin des flippers alphanumériques. Comme nous l’évoquions plus haut, quelques pinballs alphanum tardifs ont utilisé du WPC plutôt que du System 11.

Il existe pleins de sous-versions de ce système électronique, dont la plus connue est la WPC 95. Mais retenez que les WPC ont équipé les flippers DMD Bally/Williams de l’âge d’or des années 90.

1999 marque l’arrêt de l’activité de Bally/Williams dans le domaine du flipper, donc exit WPC !

The Addams Family : flipper WPC Fliptronics 1

Les Spike 1 et 2

« Compatible avec flippers Spike 1 et 2 » : vous l’avez déjà croisée, cette phrase ?

Le système Spike est le système de cartes électroniques utilisé par Stern Pinball. La version 1 a commencé à être implémentée en 2015 sur le flipper Wrestlemania jusqu’en 2018 sur le flipper custom Supreme.

[Au passage : « Custom » veut dire qu’il s’agit d’un flipper commandé par une marque tiers à Stern, et qui réutilise le plateau d’un autre. En l’occurence Supreme réemploie le playfield du Marvel’s Spiderman Pro edition.]

Les systèmes Spike 2 sont la norme chez Stern depuis Batman 66 en 2016. Qu’est-ce qu’apporte la deuxième version par rapport à la première ? Les Spike 2 supportent les écrans LCD couleur. De plus ils permettent l’ajout d’un topper (un élément de déco en option posé au-dessus du fronton). La connexion permet de le faire réagir avec le jeu. Voici un exemple avec le topper de Black Knight Sword of Rage.

Black Knight Topper
Black Knight Topper

Vous savez tout sur le flipper… Ou presque

En maîtrisant ce lexique, vous passerez pour un fin connaisseur, sauf à tomber sur plus balèze que vous. En tous cas, nous vous aurons donné les bases pour vous plonger à fond dans l’univers du flipper !

Nick_O
Nick_Ohttps://pinballmag.fr
Collector of friends who have pinball collections.

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