Le nouvel âge d’or du flipper ?

Dans l’épisode 5 de la saison 2 de Ze Pinball Podcast, Lazarus lâchait cette phrase au détour d’une conversation : « Je pense que nous sommes au début d’un deuxième âge d’or du flipper ! ».

En effet, difficile de lui donner tort quand on voit l’engouement actuel pour notre loisir. C’est bien simple, le flipper est devenu LE véritable objet rétro en pleine hype : Publicités, clips, réseaux sociaux, Youtubeurs, vendeurs, loueurs et même exploitants qui repositionnent certaines machines dans des lieux oubliés jusqu’alors. Le flipper est partout !

Le retour des salles de jeux avec toutes les générations de machines

De mon côté, je me suis interrogé sur le sujet et j’ai décidé de pondre un petit billet personnel pour démarrer cette année 2022 et lancer la discussion avec la communauté des pinheads.

Car finalement, si Pinball Mag. existe et fonctionne aussi bien aujourd’hui, c’est qu’il y a un terreau fertile dans lequel y planter la petite bibille d’acier.

Alors, nouvel âge d’or ? Phénomène de mode ? Marché de niche ? Ouverture au grand public ? Quelles sont les différences entre hier et aujourd’hui ?

On décortique tout ça ensemble.

Age d’or du pinball : on parle de quoi au juste ?

Black Knight 2000, un classique de Williams

Lorsque l’on parle d’âge d’or, il est nécessaire de contextualiser un peu.

Sans remonter nécessairement à la période des flippers électromécaniques, qui certes, était fournie en machines mais qui furent sensiblement toutes sur le même schéma (contraintes techniques obligent) on positionne généralement l’âge d’or sur les années 80/90. De par la variété des machines et des thèmes proposés.

Les années 80 tout d’abord, avec la génération des alpha numériques, pour les thèmes absolument cultes (la science-fiction, l’horreur, le fantastique…) et les premières évolutions techniques qui voient le jour au travers de machines emblématiques telles que Xenon, Centaur, Haunted House, Black Hole ou encore Black Knight.

Et les années 90 car c’est l’arrivée de la génération des dots matrix. L’arrivée des flippers à licences, des toys tous plus audacieux les uns que les autres, des gameplays plus poussés, des flippers à missions et finalement, des machines qui se rapprochent le plus de celles qui sont produites aujourd’hui et dont tout le monde se souvient.

Addams Family, Indiana Jones, Medieval Madness, Star Wars, Tales From the Crypt ou encore Stargate pour ne citer que celles-ci…

Quand on parle de best-seller …

Tout ça se déroulait sans encombre et le marché était inondé de machines toutes de meilleures qualités les unes que les autres. Jusqu’à un crash du monde des jeux de café (arcades, flippers, baby-foot, fléchettes…) à la fin des années 90 pour des raisons notamment liées à l’avènement des jeux vidéo. Ce qui nous conduira inévitablement à la disparition de deux des plus grandes manufactures historiques que sont Bally/Williams et Gottlieb (les nostalgiques sortent généralement leurs mouchoirs à ce moment-là…). L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais il n’en est rien !

Alors qu’est-ce qui justifie qu’en 2022, ces objets encombrants, lourds, bruyants, affreusement chers et au gameplay plutôt désuet retrouvent un tel engouement ?

Un marché du flipper dynamique et concurrentiel

Il faut bien le reconnaitre, un acteur a su tirer son épingle du jeu depuis toutes ces années : Stern. Constructeur historique connu pour ses adaptations de licences, la firme de Chicago n’a jamais failli et reste aujourd’hui l’acteur majeur du milieu qui nous gratifie de ses trois sorties annuelles qui font monter la hype dans le milieu des flippés.

Mais force est de constater que malgré cette force de frappe, ils sont loin d’être les seuls sur le marché actuel.

En effet, à l’époque, la bataille faisait rage entre 4 acteurs principaux (3 pour être exact puisque Bally et Williams appartenaient à la même société mère, Midway, mais sortaient leurs machines sous leurs propres noms) :

  • Bally/Williams donc ;
  • Data East (ou Sega, selon le rachat de l’époque, puis Stern ensuite) ;
  • Et enfin Gottlieb

NB : Je laisse volontairement de côté les quelques productions européennes un peu plus à la marge comme l’italien Zaccaria ou le français Jeutel, pas vraiment considérés comme des concurrents à l’époque.

Mais aujourd’hui, la liste des constructeurs est encore plus importante qu’à l’époque et de manière non exhaustive, on retrouve :

Alien, fabriqué par Pinball Brothers (crédit photo : pinballbrothers.com)

En tout, plus d’une dizaine d’acteurs sur le marché actuellement ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, on se retrouve avec un panel de constructeurs encore plus important qu’avant et pour ceux cités ci-dessus, avec des licences qui n’ont rien à envier aux classiques de l’époque.

Plutôt inattendu pour un objet que tout le monde avait déjà rangé dans la catégorie « vintage » à côté des Walkmans SONY et des consoles SEGA.

Signe pourtant que le marché est prospère et que la demande est là, nombre de ces acteurs ne se sont mis sur le marché que très récemment pour notre plus grand bonheur (ou pas, si l’on se réfère à Heighway Pinball ou Deeproot) et inutile de préciser que la quasi-totalité des modèles se retrouve « sold-out » dans les quelques jours qui suivent le lancement d’une nouvelle machine.

D’ailleurs, on ne peut pas le nier, cette concurrence a du bon et permet à chaque acteur de sortir de sa zone de confort pour proposer son lot d’innovations permettant de moderniser ces gros jouets qui ne datent, désormais, plus d’hier.

On retrouve par exemple, l’apparition des écrans LCD, de la connexion Wifi, des appareils photos dans le fronton, le partage des scores en ligne, des lightshows en RGB et bien d’autres choses encore.

Jersey Jack Pinball, l’inventeur du premier flipper doté d’un écran LCD : Wizard Of Oz (crédit photo : jerseyjackpinball.com)

Là encore, on est tenté d’y voir en effet, un nouvel âge d’or. Mais est-ce que pour autant, le marché se porte aussi bien que dans les années 80/90 ?

Des flippers, des flippers et encore des flippers…

Une surabondance de constructeurs ne signifie pas nécessairement une avalanche de modèles. Et c’est peut-être là que les premières différences entre les deux époques commencent à se faire sentir.

Prenons l’année 1994, en plein âge d’or du flipper : Sur nos 4 constructeurs américains historiques, ce ne sont pas moins de 15 machines qui sont sorties sur une seule et même année ! Et croyez-moi il n’y a pas grand-chose à jeter dans cette liste, la plupart sont de véritables cartons encore prisés des collectionneurs.

Si l’on compare avec l’année 2020 où nous avons eu la chance d’avoir des sorties de nos 4 constructeurs américains principaux que sont Stern, Jersey Jack, American Pinball et Spooky Pinball, on arrive péniblement à 6 machines…

Un deuxième élément structurellement différent se situe au niveau des unités fabriquées : Là où à l’époque, une machine produite à 4000 ou 5000 exemplaires était une moyenne presque classique, aujourd’hui un tel volume est synonyme de véritable succès commercial. D’ailleurs, il n’y a presque que Stern qui soit capable de tenir de tels volumes de par sa capacité de production.

On se retrouve donc avec deux fois plus de constructeurs mais deux fois moins de modèles disponibles à l’année. Le tout avec des chiffres de ventes qui ne sont en rien comparable avec l’époque.

Une ligne de production des usines Williams à l’époque (crédit photo : Jim Schelberg du Pin Game Journal)

Et pourtant, le flipper a le vent en poupe et on n’a jamais vu autant de revendeurs, de boutiques de vente de pièces, de mods et d’accessoires en tout genre. Alors à qui s’adresse tout ça ?

Deux époques, deux cibles différentes

On arrive au cœur du sujet, celui qui va faire toute la différence avec le marché de l’époque : La cible visée aujourd’hui.

Si on revient à l’essence même du flipper, il s’agit d’un jeu d’exploitation (donc payant) dont le but est de procurer de l’amusement, du loisir tout en étant suffisamment addictif pour vous donner envie d’y revenir et ainsi faire gonfler la recette de l’exploitant et mécaniquement, faire fondre votre portemonnaie.

Sauf que ça c’était avant.

Même s’il faut bien reconnaitre que de plus en plus de machines retournent en exploitation aujourd’hui, on est bien loin des années 90 ou chaque petit troquet de village disposait de sa borne d’arcade, de son baby-foot et… de son flipper.

Et c’est bien là tout le cœur de la demande actuelle : La nostalgie ! Pour retrouver l’ambiance de nos salles de jeux d’époque, quoi de plus simple que de se la construire à la maison ? Les bars n’ont plus de flippers en exploitation ? Qu’à cela ne tienne ! Les nostalgiques de la première heure sont désormais des actifs du monde du travail, souvent installés depuis plusieurs années. Les dépenses essentielles d’un démarrage dans la vie active sont également réglées depuis longtemps et cette chambre d’amis qui ne sert à rien serait tellement plus utile transformée en game-room non ?

Ça, les constructeurs l’ont bien compris. On retrouve donc des machines adaptées à une nouvelle clientèle : les particuliers.

Modèles Premium, éditions limitées, Homepin, éditions Remakes, options diverses et variées, il y en a pour tous les goûts et (presque) pour toutes les bourses.

Pro, Premium, LE, différentes versions pour un même modèle (crédit photo : sternpinball.com)

Tout ça résonne assez logiquement avec le volume de machine produite évoquée précédemment. La demande n’étant pas la même, l’offre s’adapte. Exit les exploitants qui composaient le cœur de cible des fabricants à l’époque, désormais ce sont les particuliers qui sont visés.

Et ils sont exigeants !

D’ailleurs, vous remarquerez que la moindre nouvelle sortie est scrutée de près par toute la communauté (votre magazine de flippers préféré ne donne pas sa part au chat d’ailleurs) et les critiques fusent aussi rapidement qu’un pet sur une toile cirée ! Bah oui, vous croyez quoi ? Quand on paye cher, on en veut pour son argent !

Et c’est bien normal, car certains constructeurs auraient presque tendance à rester sagement dans leur zone de confort sous couvert de chiffres de vente largement suffisants pour leur assurer un avenir radieux…

Dans la vie, il faut savoir prendre des risques !

Et c’est justement le sujet de ce dernier chapitre, celui qui m’a fait rédiger ce billet : La prise de risque quasi inexistante des constructeurs les plus imposants, Stern en tête de peloton.

Je veux bien entendre que nombre d’éléments cités précédemment traduisent en effet l’entrée de notre loisir dans un nouvel âge d’or, par contre d’un point de vue de l’innovation sur les thèmes proposés au travers des plateaux de jeux, c’est le néant…

C’est bien simple, un flipper aujourd’hui, c’est tout d’abord une licence. Ensuite on bricole un jeu autour à grand renfort de concepteurs/game designers plus au moins en vogue. Tout ça est probablement assez cohérent puisque les ventes ne sont pas les mêmes qu’à l’époque. Les constructeurs assurent leurs arrières avec des licences qui leur garantissent un minimum de vente.

Sauf que d’un point de vue de l’inventivité et de la diversité des thèmes, ça sent un peu la tristesse tout ça…

Il suffit de prendre le dernier né de chez Stern : Rush. Aussi jolie soit cette machine à première vue, l’intégralité de son plateau pourrait tout à fait être transposée avec n’importe quel autre thème, ça ne changerait rien.

Et c’est loin d’être une exception. Globalement les toys, la disposition des rampes et l’architecture même des machines actuelles est très similaire, quel que soit le modèle.

Exit les rampes croisées d’un Fish Tales, le mini-playfield à 3 étages d’un Dr Who, l’hélicoptère mangeur de bille d’un Rescue 911, le plateau raccourci d’un Safe Cracker, les mains robotisées d’un Johnny Mnemonic ou la nervosité d’un The Gateway avec son supercharger…

A l’époque les fabricants innovaient à quasiment chaque sortie et c’est très probablement ce qui a construit toute la nostalgie autour de ces machines : les souvenirs de ces flippers tous différents et si particuliers les uns des autres.

Je ne parle même pas des thèmes car le nombre de machines qui ne sont pas issues d’une licence et qui ont connus un franc succès à l’époque sont légions. On pourrait citer en vrac :

  • Junk Yard, sur le thème des poubelles et de la décharge publique
  • Who Dunnit, sur le thème des romans policiers / Cluedo
  • Fish Tales, sur le thème de la pêche
  • Rescue 911, sur le thème des secours publics
  • Roadshow, sur le thème de la construction routière
  • Hurricane, sur le thème des parcs d’attraction
  • No Fear, sur le thème des sports extrèmes
  • Champion Pub, sur le thème de la boxe et les pubs Irlandais
Who Dunnit ? Un modèle plutôt atypique de Bally


Et je vous épargne les grands classiques Bally/Williams qui ne sont pas issus de licences mais qui reprennent des univers classiques comme le médiéval fantastique, le far west etc…

Est-ce que ça a empêché ces machines d’être de vrais succès à l’époque ? Non.

Est-ce que ça amenait de la diversité dans l’offre de machines proposées ? Oui.

Le plus choquant dans cette histoire, c’est la proportion des grands constructeurs à rester sagement sur ce principe de flippers à licences tout en laissant les plus petits se casser les dents en essayant d’innover, le tout sans avoir les épaules assez solides pour concrétiser de véritables chefs d’œuvre.

Un exemple ? Legends of Valhalla d’American Pinball…

C’était mieux avant ?

Je vous rassure, j’ai terminé mon monologue de vieux réactionnaire blasé qui ne jure bêtement que par les machines de l’époque (et de manière à peine dissimulée, que par Bally/Williams) et bien évidemment, non, ce n’était pas mieux avant.

Qu’on soit clair, si Stern n’avait pas tablé sur les licences les plus vendeuses et revu son bussiness model lors de de la baisse d’engouement pour le flipper, il aurait sans doute terminé comme les autres, par mettre la clef sous la porte. Et notre loisir serait définitivement classé parmi les objets vintages, fin du bal.

Aucun pinhead digne de ce nom ne peut se plaindre de l’époque dans laquelle on se trouve actuellement. Les machines sont désormais presque créées uniquement pour nous, l’offre est suffisamment large pour que chacun trouve le flipper qui lui convienne et chaque nouvelle sortie est une véritable petite réjouissance.

Celle de voir un objet de plus de 60 ans qui a su évoluer dans sa conception pour continuer en 2022 à attirer les jeunes et les moins jeunes autours de ce fameux « world under glass ».

De mon côté, d’un point de vue très personnel, je ne dirais pas que nous sommes au début du deuxième âge d’or du flipper, mais plutôt que nous sommes dans un nouvel âge d’or qui n’a rien à voir avec le précédent. Une nouvelle ère que nous aurons la chance de voir évoluer au fil des ans et qui, je l’espère, nous apportera son lot de bonnes surprises.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Nouvel âge d’or ou phénomène de mode passager ?

N’hésitez pas à donner votre avis sur les réseaux sociaux.

Syl Vain
Syl Vain
Fan de pop culture des années 80/90, collectionneur compulsif et partisan du "c'était mieux avant !"

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