Faire l’acquisition de son premier flipper est forcément mémorable. D’abord on l’envisage, un peu, ensuite on le désire, beaucoup, et enfin on le reçoit chez soit et c’est un moment inoubliable pour quiconque a déjà eu cette chance. Pour les autres, pas de panique, rien n’est perdu et nous allons débroussailler tout ça ensemble pour que l’achat de votre premier flipper ne se transforme pas en un affreux chemin de croix.

Avant toute chose, la première question que l’on doit se poser est : « un flipper à la maison, oui OK, mais pour qui exactement et pour quel usage en vrai ? »

Ça peut paraître bête mais vous n’êtes peut-être pas seul dans le doux foyer. Bien entendu si vous êtes pépouzes chez vous « la question elle est vite répondue » comme dit l’autre, et l’on pourra passer à la 2ème étape bien sympathique du choix du « thème ».

A chacun ses désirs

Mais revenons un instant si vous le voulez bien à ceux qui ont la chance, la joie (ou pas, d’ailleurs) de vivre avec un/une partenaire voir même qui ont des enfants à charge (la joie, la chance tout ça tout ça…ou pas !) : Bref vous n’êtes pas seuls dans le nid et il va falloir composer avec ces personnages potentiellement gênants par rapport à votre petit projet bien égoïste. Car ne nous leurrons pas, vous l’êtes, égoïstes. Rien ne peut légitimement justifier en 2020 que vous puissiez envisager l’achat d’une machine aussi imposante qu’inutile que chère à souhait en milliers d’euros (!) alors que clairement vous avez une famille à nourrir et que Noël approche à grand pas.

Mais votre choix est fait de tout manière. Et tant pis pour la tante Claudie qui n’aura pas ses Pyrénéens cette année, toutes vos petites économies passeront dans l’achat de « ça » comme le dit votre femme d’un air désespéré. Vous concernant : c’est décidé, on passe à l’action.

Certes il s’agira de trouver où mettre « ça » dans la maison mais je vous laisse le soin de cette petite négo. Bonne nouvelle en tous les cas, vous allez bientôt avoir votre premier flipper, et c’est maintenant que j’interviens plus particulièrement, mes petits amis, pour vous aider dans votre choix cornélien : Le thème. Oui, toujours le thème et rien que le thème en fait…

Le thème de votre flipper

Souvent sous-estimé au moment de l’achat, l’on sait parfaitement que les flippers qui ont rencontré les plus grands succès commerciaux sont pour ainsi dire tous issus d’une licence cinématographique ou musicale (Addams Family, Playboy, Kiss, Star Trek, Twilight Zone, Terminator 2, pour ne citer qu’eux et qui font partis du Top 10 all time des meilleures ventes de flippers).

Flyers de présentation de flippers, un des rares moyens de communication de l’époque

Succès commerciaux et donc succès d’estime également, si tant est que l’on associe la puissance du dollar à la valeur intrinsèque du produit, mais ceci un autre débat pour un autre jour.

Et si néanmoins des machines que je qualifierais de « créations originales » comme Attack from Mars, Medieval Madness ou encore FunHouse sont adorées, respectées voir vénérées même par les fans, il se confirme toutefois qu’elles sont plus l’exception que la règle dans ce domaine (encore que FunHouse fut un vrai succès commercial à sa sortie en 1990 avec 10,750 ventes).

AFM et MM ne rencontrèrent pas le même succès étonnamment, avec 3,450 ventes pour Attack from Mars et 4,016 ventes pour Medieval Madness. Ce n’est que plus tard qu’ils devinrent les icones que l’on sait aujourd’hui.

Tout ça pour dire qu’il y a un lien de cause à effet puisque –assez souvent- une machine sous licence a pour elle d’avoir déjà toute son histoire pensée et écrite. Non seulement ça mais aussi le thème du jeu, les personnages qui en seront les héros (ndla : penser Star Wars.). 

C’est autant de temps qui est libéré pour que les géniaux créateurs puissent orienter le design de leurs playfields, des rampes et des jouets incroyables et autant de temps laissé aux codeurs pour qu’ils s’éclatent à penser des missions à gogo, des bonus extraordinaires et des multiplicateurs de foufou et que nous les joueurs en profitions in fine !

Vous l’aurez compris : dans le cadre d’un jeu « sous licence » les designers n’ont pas à inventer l’histoire, mais « juste » à imaginer sa retranscription dans le jeu et ça fait souvent toute la différence au moment de la sortie d’un nouveau flipper. C’est notamment ce qui a permis de produire quelques hits plébiscités comme Deadpool ou Jurassic Park récemment.

Je me suis entretenu l’an dernier avec le célèbre créateur Pat Lawlor qui m’expliquait en ses termes qu’il est bien plus compliqué de partir d’une feuille blanche. Et même si des restrictions d’usage s’appliquent inévitablement à l’exploitation d’une licence, le gain de temps est tel que les créateurs préfèrent s’aventurer dans cette voie plutôt que le contraire.

Petit rappel historique du flipper  pour illustrer ceci : Gary Stern, avant qu’il ne « crée » STERN PINBALL, était aux manettes de Data East (et ensuite de SEGA PINBALL) et son modèle économique était : licence, licence, licence. Très peu, voir aucun flipper « original » : que des flippers sous licences. Et ça lui réussit très bien avec STERN PINBALL, si l’on s’en réfère notamment aux dernières créations que sont Stranger Things, Teenage Mutant Ninja Turtles ou bien Avengers.

Bon j’imagine qu’à ce stade de la lecture –si par chance vous êtes encore là, et bravo soit dit au passage- vous vous demandez en quoi ça va m’aider à choisir mon premier flipper, je me trompe ? Alors allons y gaiement, bande de petits flippés.

Un pinball neuf : Stern ou JJP ?

Pour faire simple, deux choix s’offrent à vous : flipper neuf/récent (penser STERN ou JERSEY JACK), ou flipper ancien (penser BALLY-WILLIAMS, GOTTLIEB). Pour être très clair, il y a deux écoles, voir deux philosophies, à ce sujet quand il s’agit d’un premier achat : déjà le prix.

Un STERN neuf coûte au bas mot 6 500€, voir au delà de 10 000€ pour un modèle LE (Limited Edition). On est dans des niveaux de prix comparables chez Jersey Jack Pinball, alors que la qualité de fabrication est sensiblement supérieure, avec des matériaux utilisés de meilleure facture : ça fait moins « cheap » soyons honnêtes. Certains STERN font vraiment pitié quelque fois (si si la Stern Army, je vous vois tousser, désolé).

Aussi les quantités de production étant plus faibles chez JJP, vous avez donc en fait un meilleur « investissement » chez JJP que chez STERN.

Stern versus JJP

Ça reste à prendre en compte dans le contexte d’une revente plus tard, un JJP aura « plus de valeur » qu’un STERN dont les prix sur le marché de l’occasion sont vite fracassés (regardez combien coûte un Munsters Pro en occas’ aujourd’hui… vous verrez). De plus, un STERN chassant un STERN tous les trois mois, vous ne resterez pas longtemps propriétaire du « tout dernier modèle », le votre perdra donc autant de valeur qu’il n’est plus le dernier arrivé/le dernier voulu…

Maintenant soyons honnêtes, STERN a pour lui l’embarras du choix : avec en moyenne quatre nouveaux flippers (sous licences) qui sortent chaque année, vous trouverez votre bonheur et le thème qui vous botte à n’en pas douter.

Les designers de STERN sont talentueux (Keith Elwin, George Gomez, John Borg, Brian Eddy), les codeurs aussi (Lyman Sheats, Doug Sullivan), les flips jouent plutôt très bien et sont sympas dans l’absolu.

Seul problème, il y a très peu de « mechs » à l’intérieur, et ça c’est pénible. Très peu de jouets aussi, pas terrible non plus à ce niveau-là. En fait STERN va mettre toute sa valeur ajoutée dans le code du jeu et dans l’artwork (et c’est pour nous faire oublier que le playfield est vide !) : c’est une réalité chers amis, ne nous mentons pas et arrêtons de croire que tout ce que fait STERN est formidable, comme je l’entends parfois.

Maintenant rendons à César ce qui appartient à César : le code est excellent. Évidement, puisqu’il faut palier le fait qu’il n’y a pas grand chose sur le playfield… on se rattrape avec de l’informatique à gogo. C’est cool d’une certaine façon car ça accentue la longévité du flipper : vous n’êtes pas prêts de le finir, mais est ce que ça le rend plus « fun » pour autant ? je ne sais pas, la question reste ouverte.

Annonce de mise à jour de code

A mon sens il faut le bon compromis entre ce qui se passe sur le playfield et le code à l’écran. J’ai quand même l’affreux sentiment que les flippers modernes passent l’essentiel de leur budget sur les animations à l’écran, alors qu’on s’en fout un peu au final : le principe du flipper c’est avant tout ce qui se passe SUR le plateau, le reste doit être du bonus.

Bref, STERN : des bons flippers ? oui assurément ? Les meilleurs ? certainement pas. Innovant ? et bien non plus.

Mais bon, tout ceci étant dit vous ne ferez pas d’erreur en prenant un STERN : vous aurez un thème sympa (sauf si comme moi vous en avez ras la casquette des super héros et des groupes de rock…), un design sans saveur mais efficace (sauf pour Elwin, j’avoue..), peu de jouets sur le plateau, un code excellent.. bon… why not. On va dire que c’est du sûr, mais je ne garantis pas la fiabilité du flipper dans 10 ans si tant est que vous souhaitiez le clouer au sol de la maison…On pourra reparler de ça une autre fois si vous le souhaitez.

Un flipper d’occasion : Bally et Williams

Ce qui m’amène inexorablement aux flippers anciens, et plutôt en provenance de chez BALLY-WILLIAMS (on va laisser GOTTLIEB de côté si vous êtes d’accord, ils ne sont pas au niveau des B-W, mis à part Stargate, là encore on pourra en reparler une autre fois).

Plusieurs avantages à prendre un BALLY-WILLIAMS en première machine : d’abord un prix beaucoup plus abordable (à partir de 1 700 euros pour les moins cotés, jusqu’à 6-7 000€ pour les plus recherchés comme AFM, Twilight Zone, Indiana Jones). Ça a le mérite de permettre de se « tester » sur une première machine sans dépenser une fortune avant de sortir l’artillerie lourde plus tard, éventuellement…pas idiot.

Cactus canyon de Bally

Autre avantage, à l’intérieur de la machine l’on trouvera un système de cartes WPC largement éprouvé depuis le temps et surtout : RÉ-PA-RA-BLE ! Oui, réparable. Vous pouvez réparer vous-même, ou faire réparer chez un spécialiste, tous vos « vieux » flippers BALLY-WILLIAMS. Et bonne nouvelle : vous pourrez toujours le faire dans vingt ans, ou dans trente. Car ils ont été conçus pour durer. Ils avaient été conçus pour être abusés dans les cafés-bistrots de l’époque alors pensez, c’est pas vos petites mimines domestiques qui vont faire autre chose que les chatouiller.

Le Terminator 2 de Williams

En somme : c’est robuste, et c’est fait pour durer dans le temps, donc pas d’inquiétude vous êtes tranquilles contrairement aux flippers modernes : fabriqués pour un usage domestique avant tout. Petite question : avez-vous entendu parlé de « l’obsolescence programmée » des machines électriques/électroniques ? Phénomène apparu depuis les années 2000…

Le Circus Voltaire de Bally

Voilà voilà…et bien sachez que nos chers flippers chéris (modernes) ne sont pas épargnés par ce virus moderne, et qu’un jour, ils seront obsolètes et ne seront pas réparables… bonne chance. Ca fait un peu mal à entendre, peut-être même doutez-vous de ma parole, mais c’est une vérité qu’il est préférable de ne pas occulter.

Du reste, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, je ne prêche pas forcement pour l’achat en premier d’un « vieux » Bally-Williams. Je pense effectivement que c’est une excellente porte d’entrée pour qui a l’intention de se bâtir in fine une collection de « classic » indémodables et intemporels.

Le Addam’s Family de Bally

J’ai personnellement commencé avec un Attack From Mars en premier (plutôt qu’un STERN moderne) et je n’ai jamais regretté mon choix. Bien au contraire. J’ai poursuivi avec un TZ, un FunHouse et d’autres classiques B-W avant d’ajouter récemment un STERN Starwars Pro.

Mais je vais vous faire une confidence : si une machine doit quitter ma collection, ce sera le STERN.

Conclusion : un flipper neuf ou un ancien ?

OK je me rends compte que je divague vers quelques considérations personnelles, du reste il est de bon ton de préciser que ce billet n’engage que mon avis et pas forcement celui de la rédaction de PINBALL MAG alors n’hésitez pas à me taper dessus si vous n’êtes pas d’accord, j’ai la peau dure – Instagram @Paris_Pinball_Addict .

Du coup je terminerai par vous dire la chose suivante : OUI, prendre un STERN en première machine est un gage de sécurité : ça sent bon le neuf, c’est plutôt beau, ça joue bien, c’est moderne et tout ce qui « vient de sortir » fait l’envie des voisins. OK.

En plus étant neuf (ou presque) le risque de panne immédiat est relativement faible donc vous jouez la sécurité et le fun d’entrée de jeu. Je ne peux que vous recommander ce choix si vous êtes ce que j’appellerai un « agnostique » du flipper, c’est à dire que vous vous fichez éperdument de ce que la machine peut valoir à terme, mais vous voulez vous éclater tout de suite sans arrière-pensée. Dans ces conditions foncez pour un STERN neuf/récent. Vous ne serez pas déçu.

Pour les autres, ceux qui même avant d’avoir leur première machine, sont des « fanas » ancestraux du flipper avec une nostalgie assumée de leurs années Fac, alors c’est peut-être une bonne idée que d’aller voir du coté des BALLY-WILLIAMS : vous pourrez retrouver le flipper de votre bistrot préféré, celui sur lequel vous avez dépensé plus de 20 000 Frs en pièces de 2Frs et qui est la raison principale de votre lamentable redoublement de la seconde…(ndla : histoire vécue, j’ai honte mais c’est vrai, vive Lethal Weapon).

Lethal Weapon 3 de Data East

Vous aurez une machine classique, qui a passé avec succès l’épreuve du temps, avec un gameplay génial et des toys plutôt très cools, un code pas trop complexe et puis aussi, et peut-être même surtout, un bel objet « vintage » dans votre salon ou votre gameroom, et pour moi ça compte.

Bref, prenez votre temps surtout, parlez-en autour de vous, n’hésitez pas à nous contacter à la rédaction, on a tous forcement des avis différents et des préférences et c’est ce qui fait la richesse de notre hobby : il y a ceux qui ne jurent que par STERN (coucou à nouveau la Stern Army !), et ceux qui regrettent éplorés l’époque BALLY-WILLIAMS (coucou moi !). Dans tous les cas de figure, il n’y a pas de « mauvais » flipper et chaque machine vous donnera de la satisfaction et du plaisir, tant que la petite bille argentée continuera de rouler sur les playfields…

Bon choix !